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WorldCycle (2002-2003)
From Paris to Paris, diary of a one year travel around the globe.

Japan.




Tokyo Tower, Tokyo, Japon


Tokyo, May 14th, 2003

Konnichiwa!

Heureux de vous retrouver pour cette mise à jour qui sera la dernière de mon grand tour. Le Japon n'était pas sur la feuille de route initiale, mais les plans changent et s'adaptent au gré des kilomètres et des rencontres - l'improvisation, c'est peut-être ce qu'il y a de plus divertissant dans le voyage!

Me voici donc à Tokyo, en hôte privilégié dans la capitale nippone, où je rends visite pour quelque temps à Fumika et sa famille et prends la mesure de l'hospitalité japonaise. Hôte privilegié, car j'ai à ma disposition un logement gratuit et un guide de choix en la personne de Fumika, 2 choses hautement prisées par le visiteur lorsqu'il débarque au milieu du buzz de Tokyo, sans doute une des villes les plus chères de ce bas monde.

Tokyo est grande, bouillonnante et rythmée, propre et civilisée, les gens polis et courtois circulent de manière fluide sur les boulevards et dans les couloirs du métro malgré leur grand nombre, les fleurs de printemps s'ouvrent dans les jardins et en ce joli mois de mai l'air y est frais et respirable. Après le chaos de Bangkok, mon ultime stop en Asie du Sud-Est, après sa chaleur étouffante, ses hotels miteux et son trafic erratique, Tokyo s'offre à moi comme un havre de paix civilisé, propre et confortable, où je peux souffler et reprendre quelques forces avant de rentrer à la maison. Prochain stop: Paris Plage.

Résumé des derniers épisodes: à Sydney, j'ai décidé de me séparer de mon vélo, de le renvoyer en France et de continuer mon périple en mode sac-a-dos, plus souple et surtout moins éprouvant physiquement. Plus léger que jamais, j'ai donc quitté Sydney et l'Australie le 31 mars dernier et me suis envolé vers Bali, point de départ de mon périple en Asie du Sud-Est.


> Bali, Indonésie (31/03/03 - 06/04/03)

"You help me, I help you."

L'officier des douanes de l'aéroport de Denpasar, Bali, malgré son piteux anglais, réussit très bien à me faire comprendre la situation. Je n'ai pas de billet d'avion pour sortir d’Indonésie (mon prochain vol étant prévu dans 3 mois depuis Hong-Kong) et la loi interdit de ce fait à ce pauvre monsieur de me laisser entrer sur le territoire indonésien. A moins, évidemment, qu'un petit billet se glisse dans mon passeport, auquel cas tout s'arrangerait... Je joue la sourde oreille pendant un petit moment, mais les choses n'évoluant pas, je me résigne finalement à coopérer car je n'ai pas l'intention de passer la nuit à l'aéroport. De toute façon Stef m'avait prévenu.

Un peu égaré, sans guide, je réserve une chambre à l'aveuglette au bureau touristique de l'aéroport et monte dans un taxi qui m'emmène de nuit à mon hôtel, direction Kuta.

Kuta, centre névralgique du tourisme à Bali, station balnéaire chaotique, développée anarchiquement pour exploiter un tourisme croissant, un peu délaissée en raison de l'actualité - la guerre, le spectre du SARS qui rôde et surtout peut-être les récents attentats. En se promenant dans les rues, on ne peut d'ailleurs manquer de passer devant ce qu'il reste du Sari Club, la boîte de nuit qui a explosé il y a 6 mois de cela: un grand chantier de gravas fermé par une palissade couverte de graffitis et divers messages invoquant la paix, et sur le pavé quelques gerbes de fleurs un peu délavées. On ne peut manquer non plus de tomber sur ces vendeurs qui vous harcèlent tous les 20 mètres et vous proposent alternativement un taxi, du change ou une fille pas chère. "Hello Misterrr! Trrransporrrt? Exchange? Cheap girls?"

Kuta, c'est la vie en thongs, les vacances 24h/24, le surf, les Indonésiens souriants, les Nasi Goreng (riz frit, épicé avec légumes, excellent) à 5000 roupies (4 FF). On s'y fait assez vite.

Nyepi

Kuta est donc moins peuplée qu'à la normale, mais cela n'empêche pas les locaux de fêter Nyepi (le nouvel an hindouiste). Le 1er Avril au soir, la rue principale de Kuta se charge d'une foule de Ogoh Ogoh, monstres géants en carton pâte, exhibant de terrifiant visages pour chasser les mauvais esprits. Grand défilé dans les rues, c'est la fête, mais une fête plutôt sobre qui finit tôt.


Ogoh-Ogoh, Bali, Indonésie


Le lendemain c'est le Silent Day, personne n'est autorisé à sortir dans les rues ni à utiliser l'electricité pendant 24h. Les touristes ne font pas exception et restent confinés dans leurs hôtels respectifs. Seuls les policiers locaux patrouillent dans la rue. Bali se recueille et ménage par son silence les esprits qui rôdent, c'est le jour de l'introspection.

Malgré les attentats, Kuta est resté un de ces quelques repères de coolitude pour gens ultra-cool, et je citerai M. JJ Goldman pour imager la scène:

"Genre australien blond sable chaud / Surf sur les vagues, sel sur la peau / Grand les sourires, gros biscotos... Zéro"

En outre l'avantage de Bali, en comparaison peut-être de son voisin l'Australie, c'est qu'on peut s'y adonner à l'ultra-cool tout en étant fauché.

Démonstration:

Assiette de riz --> 4 FF
1 litre de bière --> 7 FF
Location de la mob pour transporter la planche de surf --> 20FF la journée
1 nuit dans une chambre d'hôtel --> 25 FF
1H de massage --> 30FF
Sexe à volonté avec jeune Indonésien(ne) de son choix --> 50 FF à 100 FF pour la première nuit, et payer la bière et les assiettes de riz pour les prolongations

Car oui, mes chers lecteurs, là où l'argent est roi, là où le dollar fait loi, le vice et la luxure ne sont jamais très loin, et la nuit Balinaise n'en est qu'une preuve de plus. Ici un quinquagénaire gras du bide et grisonnant sortant d'une boîte de nuit main dans la main avec un jeune Balinais demi-portion d'au moins 30 ans son cadet. Là ce travesti, maigre à en faire pâlir un haricot, se frottant à un gros gras gris de gringo visiblement très consentant. Ou ces hordes de jeunes filles à peine majeures traînant dans les bars et cherchant de l'oeil un pigeon à satisfaire (et plumer). Ou encore ce Français me racontant qu'à l'époque du Sari Club (avant qu'il n'explose), la sortie de la boîte était un supermarché de filles étalées sur le trottoir d'en face et attendant de se faire embarquer par ces brutes avinées d'occidentaux déshinibés sous l'effet de l'alcool. Certains me rétorqueront que dans le tourisme sexuel, tout le monde y trouve son compte... Question de point de vue.


Bali, Indonésie



Temple hindouiste Pura Luhur Ulu Watu, Bali, Indonésie


Malgré mon manque persistant d'enthousiasme, et le sentiment de rejet que m'inspirait ce Bali degoulinant de tourisme, j'ai quand même pu apprécier les bons côtés du coin: quelques expéditions dans les bars avec une petite équipe de sympathiques Frenchies, qui m'ont donné l'occasion de trinquer quelques Arak Madu (alcool blanc, citron, miel), et quelques incursions en mobylette dans l'arrière-pays, belles plages paradisiaques et visite du temple hindouiste de Pura Luhur Ulu Watu, perché au bord d'une falaise au sud de l'île et peuplé de singes cleptomanes (z'en avaient après mes lunettes, les cochons). La cuisine balinaise en outre, hormis le fait qu'elle est très abordable, est particulièrement succulente bien que peu variée - essentiellement à base de riz. A partir de l'Indonésie, j'ai dû d'ailleurs remiser un peu à contre coeur mon sac d'épices et mes popotes au fond de mon sac-à-dos car dans cette région on ne se fait pas la cuisine, on va au restaurant!

Après moultes tergiversations quant à la suite du programme, j'ai proposé à Stefan de le rejoindre pour refaire un bout de route avec lui et piquer quelques fous rires. Nous avons convenu de nous retrouver 2 semaines plus tard en Malaisie, ce qui m'a relancé un peu. Une certaine lassitude est apparue à force de bouger tout le temps, et il faut bien admettre qu'on se lasse malheureusement de tout, même des meilleures choses semble-t'il. Comme quelqu'un me le faisait remarquer récemment, "c'est con un homme".


> Java, Indonésie (07/04/03 - 13/04/03)

Yogyakarta (prononcer "Djodja")

07.04.03 Ouf! Enfin je pose le pied à terre sur Java, miraculeusement rescapé d'un mémorable transfert en bus: le chauffeur a roulé comme un malade toute la nuit, clope au bec, doublant intempestivement, souvent sans visibilité, usant frénétiquement du klaxon et des appels de phares à chaque dépassement, et le bus sent la pisse. MAIS, il y avait l'air conditionné.

En chemin, à travers la vitre du bus, j'ai découvert une autre face de l'Indonésie. Les fous du volant, le trafic erratique, même en plein milieu de la nuit, les commerces ouverts toute la nuit, les gens qui dorment à côté de leur roulotte, sur les bancs, à même le sol. Les vélos non éclairés doublés en pleine nuit par des bus roulant plein gaz, les mobilettes, les triporteurs, les voitures, camions, vans - tous se faufilant, se battant pour leur bout de route. Et les vendeurs ambulants qui prennent d'assault le bus dès qu'il s'arrête, quelle que soit l'heure de la nuit. Un enfant monte dans le bus et nous chante "Salamalekum" avant de passer dans les rangs pour la pièce dans le chapeau.

Me voilà donc à Yogyakarta, grouillante, polluée, sale, bruyante. Un avant goût de Jakarta, j'imagine. Les rues sont chargées de tuk-tuks, pour la plupart au chômage technique étant donné leur sur-nombre par rapport au nombre d'usagers potentiels... En ces temps de chasse à l'Islam, les touristes ne courent pas les rues dans le pays. Certains passent la journée vautrés dans leur tuk-tuk en attendant le client. D'autres y passent carrément la nuit.


Tuk-tuks, Yogyakarta, Java, Indonésie


La meilleure défense c'est l'attaque

"Hello! What you name? Where you from? France? Zinedine Zidane! How long in Indonesia? Where you go?"

A force de me faire aborder dans la rue par ces Indonésiens qui m'arrosent de questions (toujours les mêmes) et se prétendent mes amis après 25 secondes de monologues, dans le seul but de me vendre une toile de batik, un T-Shirt, une cuisse de poulet ou un tour en tuk-tuk, j'ai fini par trouver la parade: remplacer ma réserve habituelle, impropre à refroidir ce genre d'oiseau pour développer une stratégie d'attaque beaucoup plus réaliste fondée sur l'intox et le bombardement de questions.

- Je viens du Liechtenstein, ca t'en bouche un coin ça! Tu sais même pas où c'est, pas vrai? Et toi tu viens d'où?
- Euh, d'ici...
- Ca fait combien que tu fais ce boulot de merde ici? Tu prévois de faire ça toute ta vie ou c'est juste pour passer le temps? Tu vas où, là? C'est quoi ton programme aujourd'hui?
- Euh...
- Allez, salut!

Je me promène dans les rues, flâne sous les arcades du bazar dont les stands vendent tous la même camelote, furète dans les nombreuses boutiques de batik, la spécialité locale (technique d'impression sur tissu à la cire), fait un tour à la fête foraine et en profite pour aller au cirque, ça faisait longtemps, tien!

Oriental Circus Indonesia

"You are very handsome!", me murmure la caissière du cirque, vraisemblablement très émoustillée quand je passe la tête dans l'encadrement du minuscule guichet.
- Euh, thank you... You too!, lui répondai-je avec un sourire un peu gêné.
- HI HI HI HI HI!!!

Ce n'est pas une mais cinq jeunes filles qui pouffent niaisement derrière le guichet du cirque national d'Indonésie. Il y a des régions de ce monde où le seul fait d'être blanc de peau confère un statut privilégié, surtout auprès de la gente féminine. Ca doit être ça d'être une POP STAR.

Je pénètre sous le chapiteau et le spectacle commence... Il y a des équilibristes, des trapézistes, des dresseurs faisant claquer leur fouet sur des lions et des tigres un peu patauds qui sautent mollement dans des arceaux de feu, des éléphants à l'oeil patibulaire, en équilibre sur une patte (impressionant), des singes en mobylettes, des petits caniches qui font de la balançoire, le tout accompagné d'une bande sonore absolument désastreuse faite de remixes "Dance" de quelques standards pop anglo-saxons et moultes bruitages niveau Bontempi. Mais le plus pathétique, c'est quand même ces clowns nains qui font des tours de magie potaches entre chaque numéro, à grands renforts de chutes. Ils font peine à voir, ces pauvres clowns, sans entrain aucun, la mine triste triste et ennuyée. C'est peut-être la salle au trois quarts vide qui les déprime un peu... Spectacle un peu "cheap", très traditionnel et pas vraiment enthousiasmant, mais quelques bons numéros et j'ai bien rigolé malgré tout - essayez donc de monter à 12 sur une bicyclette!

Poésie

Yogyakarta peut être poétique aussi. Depuis le balcon de ma chambre au Nuri Losmen, mon hôtel, j'aperçois les gens qui passent en bas dans la ruelle tranquille. Certains restent là des journées entières à ne rien faire, attendant que quelque chose se passe. On joue aux cartes. Un peu plus loin, au dessus des toits, se dessine un croissant de lune, perché au dessus d'une Mosquée. On est en territoire musulman ici. En fin de journée des enfants accourent dans la ruelle et lâchent leurs cerf-volants dans les airs, minuscules bouts de toile qui montent haut, très haut dans le ciel, pour n'être plus que des petits points blancs dans la lumière du soir. Et si l'on regarde bien, on en découvre un, deux, trois, cinq, dix qui survolent la ville, comme des étoiles qu'on distingue dans le ciel quand les yeux s'habituent à l'obscurité. La poésie est partout ici, légère, pour peu qu'on oublie un instant les pesanteurs de ce qui nous entoure - la chaleur, la sueur, les rues sales, l'air pollué, les vendeurs trop nombreux pour espérer vendre quelque chose et qui vous harcèlent un peu trop souvent...

Jakarta

8h de train pour rallier Jakarta. 8h à travers la campagne de Java, traversant un paysage de rizières où s'affairent les paysans sous le soleil brûlant, dont ils se protègent avec leur beau chapeau pointu (turlututu). Je les plains...


 


Il fait ultra-chaud, je transpire à grosses gouttes, mon T-shirt est trempé. Pendant 8h, c'est un defilé ininterrompu de vendeurs ambulants, escortés de joueurs de Yukulélé (petite guitare à trois cordes, ils en font des merveilles), de guitare, de djembé, de chanteurs de karaoké portant leur ampli dans le dos, de balayeurs, d'estropiés (aveugles, amputés), d'enfants mendiant. Ca met de l'ambiance. C'est quelque part à l'image de ce que j'avais vu dans le train en sortant de Buenos Aires, mais en plus violent. A chaque station, des vendeurs montent et descendent du train, proposant tous la même chose - Nasi Putih (riz blanc, légumes, piment), Pop Mie (nouilles-minutes), beignets, fruits, boissons, glace, jouets, peluches, livres et j'en passe. Je suis le seul et unique blanc dans le train, BOULé (étranger), ORANG PUTIH (homme blanc) comme ils disent, et évidemment les yeux des curieux me dévisagent, les vendeurs tentent leur chance et les "Hello Misterrr" pleuvent, c'est normal... Aussi de manière étonnante les choses se passent sans heurt, et ce n'est pas la foire d'empoigne à laquelle on pourrait s'attendre. Malgré la cacophonie ambiante, tous restent aimables et courtois, tant les vendeurs que les passagers, constamment sollicités. Comme si tout le monde respectait la misère de ces gens qui font le business qu'ils peuvent. Misérables oui, mais avec dignité.

Quand je descends du train à Jakarta, au milieu de la foule, c'est comme si la foule entière me scrutait, chargé de mon gros sac et ma guitare, cherchant mon chemin vers la sortie pour plonger dans un taxi.

Jakarta! Ce nom résonne à mes oreilles comme une musique exotique. Ville mystérieuse à l'autre bout du monde, au nom un peu effrayant tellement il m'évoque la misère et le crime... En fait ce n'est pas si terrible que ça! Quoique le transfert en taxi depuis la gare me donne un petit aperçu du chaos urbain. Pollution, chaleur, trafic automobile erratique, grisaille, gens en guenille dans la rue. Jakarta a des airs de Mexico City, les tuk-tuks indiens remplaçant les cox vertes.

Je passerai quelques jours à Jakarta, paressant des journées entières autour de mon hôtel dans le quartier de Jalan Jaksa, travaillant mes gammes dans ma chambre et me désaltérant à grands coups de jus d'avocat ou de thés glacés, le chaos de la ville me sapant toute envie de m'aventurer bien loin.


> Sumatra, Indonésie (13/04/03-15/04/03)

Après le bus et le train, c'est en avion cette fois-ci que je quitte Jakarta, sans trop de regret... A l'aéroport de Jakarta je découvre les premiers masques anti-SARS. Cela fait sourire quand on sait que l'Indonésie n'est pas encore touchée par le SARS, les chances d'être contaminé étant donc pratiquement inexistantes. Une heure de vol à bord de la Batavia Airline, et me voici arrivé à Medan, au nord de Sumatra, l'île nord de l'Indonésie, cette fois-ci je ne suis plus très loin de la Malaisie.

Une fois encore, plus que jamais, je suis le seul blanc dans les rues. Les enfants sur mon passage me regardent avec des yeux grands ouverts et pouffent de rire en me lançant des "Hello" ou des "Thank you". Et si d'aventure je leur réponds, l'excitation est à son comble et les rires repartent de plus belle. C'est marrant.

Ici comme ailleurs, les discours anti-guerre de Jacques Chirac font bonne presse. A moins que ce ne soit ceux de Zinedine Zidane, parfois on se demande... "Where you from? America? Bush terrorist! France? Zinedine Zidane, OK!!!"

A Medan, comme dans les autres villes que j'ai traversées en Indonésie, l'air est extrêmement pollué. Pas étonnant, quand on voit dans les rues la fumée noire qui s'échappe de tout ce qui est motorisé, voitures, bus, mobylettes: même combat! A tel point qu'après une ballade d'une heure dans les rues enfumées de Medan, je suis rentré à mon hôtel avec un bon mal de gorge. Faut le faire!


> Penang, Malaisie (15/04/03 - 17/04/03)

"Fabien Barthez!
- ...
- David Trézéguet!
- ...
- Marcel Dessailly!
- Ah, euh, oui d'accord, c'est moi!"

Je suis à l'embarcadère de Medan, et j'attends qu'on me rende mon passeport pour embarquer sur le bateau pour Penang, en Malaisie. Les employés du Perdana Ekspress pouffent de leur blague, et moi avec d'ailleurs. Cette victoire au Mondial 98, c'est le meilleur passeport qui soit.

Après l'Indonésie, Georgetown se présente comme une ville propre et respirable malgré la chaleur, les voitures qui circulent ne sont plus des taudis polluants sur roues, et les gens ne se retournent pas à votre passage pour vous scruter comme une bête rare et fortunée. C'est reposant...

Le soir même, flânant dans les rues de Georgetown, j'aperçois un grand gaillard en marcel, la peau bronzée et la nuque longue et décolorée, occupé près d'un stand à goûter des petites brochettes de poisson. "Quel bel homme!", me dis-je. Mais ma parole, c'est mon ami Stefan! Voici venu le jour des retrouvailles, 6 mois après nos adieux à Buenos Aires, à l'autre bout du monde. Nous fêtons cela autour de quelques bières et bientôt la fameuse alchimie s'opère: nous succombons au bout de quelques minutes à nos premiers fous rires.

Nous passons quelques jours à flemmarder dans Georgetown, visitons un temple bouddhiste et grimpons en funiculaire en haut de Penang Hill, la colline surplombant la ville. En cette fin de journée, l'endroit a des réminiscences du Corcovado à Rio, avec cette vue plongeante sur la ville qui s'étale en bord de mer.


> Thailande (17/04/03 - 30/04/03)

"Do you like football?" me demande l'officier des douanes au moment de me tamponner mon passeport.
- Euh, oui pourquoi?
- Zinedine Zidane!
- Ah oui d'accord, je vois... Merci monsieur, bonne journée!

Les Thailandais ne faillissent pas à la coutume asiatique, avec Zinedine Zidane comme Président de la Republique on aurait même plus besoin de passeport. Prononcez le mot magique et les frontières s'ouvriront devant vous. "Zinedine Zidane!"

Krabi

Nous arrivons à Krabi, sur la côte ouest au sud de la Thailande, après 6 heures d'un long transfert en boîte à sardine mobile, et mon pauvre ami a dû se plier en 4 pour pouvoir tenir à l'intérieur. Un dîner sur le port de Krabi nous remet d'applomb. Une assiette de riz frit pour 3 FF, un banana shake pour 1,30 FF. Et le sourire de la serveuse gracieusement offert. De mieux en mieux.

Quelques journées passent remplies de rien que de lecture, rédaction d'emails, brèves promenades entrecoupées de fruit-shakes et repas succulents. Nous passons également une excellente soirée à la fête foraine, mémorable séance d'auto-tamponneuses (de vraies grosses auto-tamponneuses sur fond de hard-rock énervé, et tous les jeunes du village dansant autour de la piste), un pitoyable concert de Karaoké et Stef qui se prend de réaliser un de ses rêves de voyage: manger des insectes frits. Je lui ai laissé ce plaisir, comme en témoigne les photos. Après quoi nous décidâmes de lever les voiles en directions de KOH LANTAH.


Insectes frits, le planté de bâton



Insectes frits, le grand saut


Koh Lantah (!VU A LA TELE!)

Ouah là là, c'est là qu'izon filmé Koh Lantah sur TF1, j'y crois pas!!!

Koh Lantah, une île au large de Krabi, c'est un petit paradis à prix très abordable, belles plages avec une eau incroyablement chaude et un bar, végétation tropicale, huttes en bois surplombant la mer pour 15 FF la nuit, et des Thais très très relax qui nous passent des bons disques de la toute dernière actualité. Pas vraiment l'île déserte et férocement sauvage de TF1, cette île est belle et bien habitée et visitée par des flots de touristes, mais l'île est assez grande pour qu'on ne se marche pas sur les pieds et l'endroit est magnifique.


Koh Lantah, la vie est dure


Koh Phi Phi

A 1h en bateau de Koh Lantah, l'île de Kho Phi Phi est un autre petit paradis sur terre, malheureusement envahi par des flots de touristes. Encore un de ces repères à gens ultra cools, développé trop vite pour répondre à une demande touristique croissante, avec son lot de fêtes, d'alcool, de blondes aux gros seins et de tourisme sexuel. Ibiza, Bali, Koh Phi Phi: même combat! Le paradis pour les gens à la recherche d'un cocktail disco-plage détonnant, et pour les amateurs de suédoises car elles sont légions ici...

Abstraction faite de la faune locale, le décor est splendide. C'est d'ailleurs là qu'a été tourné le film "The Beach" avec Leonardo Di Caprio, et l'on connaît les goûts de M. Di Caprio... Nous avons fait également un chouette tour en bateau autour des îles voisines et découvert de magnifiques paysages sous-marins, idéal pour la plongée en apnée.

Après quelques jours sur l'île, j'ai décidé d'accélérer ma remontée vers le nord. J'ai donc laissé Stef sous les cocotiers de Koh Phi Phi et repris ma route vers le nord. Prochaines retrouvailles à Paris-plage.

Bangkok

Après un rapide transfert à Phuket, ne présentant rien de mémorable, j'ai repris l'avion direction Bangkok, pour atterrir au milieu du chaos dont j'avais lu la description dans maints récits et que j'appréhendais un peu. Traffic congestionné, pollution et bruit, oui, cela dit rien de bien différent de Mexico City ou Jakarta.

Je m'installe pour quelques jours à Kaosan, le quartier de Bangkok où se concentrent les hôtels pas chers pour touristes, au CHERRY GUESTHOUSE: chambre avec balcon pour la modique somme de 15 FF. Juste quelque gros cafards à déloger pour utiliser la douche, une broutille... Une fois de plus je me retrouve plongé au milieu d'une foule de jeunes touristes, de bars disco, de salons de massage etc. Là encore on croise dans les rues de ces hommes blancs d'un certain âge qui se promènent avec de jeunes Thailandaises, de beaucoup leur cadette. Chaleur étouffante, bruit, saleté, pollution, encore et encore: la lassitude commence à prendre le dessus, je suis fatigué physiquement et l'enthousiasme du voyage s'estompe progressivement. Il va falloir changer mes plans, car je ne me vois pas continuer comme ç encore plusieurs mois.

The Bangkok Gem Scam Experience

28.04.03 Résolu à visiter quelques temples malgré mon manque d'enthousiasme, je pars en vadrouille un matin à pied dans Bangkok. Ma balade terminée, je décide de reprendre le chemin de mon hôtel, mais en tuk-tuk cette fois-ci, car il fait extrêmement chaud. Je hèle donc un tuk-tuk, le chauffeur me propose alors un tour de plusieurs temples pour 10 Bahts (1,50 FF), c'est-à-dire rien du tout, en échange de quoi il m'arrête à quelques boutiques que je devrai visiter pour lui obtenir des bons d'essence de la part des gérants de magasin. Le deal semble honnête, et ne me coûte rien, donc j'accepte.

Au 2ème temple je suis déjà perdu dans Bangkok et je tombe à l'entrée du temple sur un Français, accompagné de deux Thais, qui me met très rapidement au courant d'une combine très juteuse d'achat de bijoux pouvant être revendus à Paris, New-York ou Tokyo avec une marge de 100% soit disant garantie. Tous trois me montrent leur facture d'achat de plusieurs milliers de dollars et l'adresse du magasin dans Bangkok, me précisant que c'est le dernier jour d'une promotion intéressante (pas de taxe) et qu'ils font ça tous les ans pendant cette période de promotion. Le Français me donne même l'adresse d'une bijouterie à Paris qui soit disant rachète régulièrement ses bijoux. Je passe les détails, mais l'affaire était tentante et apparemment simple, trop simple peut-être. Un temple plus tard, je retombe sur un autre touriste, américain lui, accompagné aussi d'un Thai. Au bout de 2 mns de conversation, ils me parlent également de la promotion sur vente de bijoux qui se termine aujourd'hui, me racontent qu'ils font ça depuis plusieurs années, que ça leur paye les vacances, m'exhibent leur facture d'achat et me donnent l'adresse d'une bijouterie à Tokyo. Troublant, tout ça semblait un peu trop facile, mais vraiment tentant. Cependant avec ces rencontres qui pleuvent, je flaire l'embrouille. J'ai demandé au tuk-tuk de m'amener à cette bijouterie pour lui avoir ses bons d'essence (notre deal initial) et pour jeter un coup d'oeil. Le vendeur m'a ressorti plus ou moins le même speech sur la promotion, dernier jour, pas de taxe, etc. La puce un peu à l'oreille malgré l'apparente simplicité du deal, et malgré surtout le témoignage d'un Français, je n'ai rien acheté...

... et il s'avère que j'ai bien fait. Après inspection sur Internet, je suis tombé sur ce site qui dénonce cette arnaque à grande échelle, qui a piégé des centaines de touristes depuis plusieurs années. La police ne fait rien pour empêcher cela, bien qu'elle soit parfaitement au courant. Il s'avère que les bijoux vendus sont de très faible valeur et ne valent pas 25% du prix de vente affiché. Pas revendable en Europe ni ailleurs...

Je quitte la Thailande sans regret, sur une impression de dégoût généralisé, écoeuré des effets pervers que le tourisme de masse a engendré dans ce pays. Je n'y remettrai probablement pas les pieds de si tôt.

J'ai donc changé mes plans, écourté mon séjour en Asie du Sud Est et modifié mes vols pour changer d'air et aller rendre visite quelque temps à Fumika... au JAPON.


> Japon (01/05/03 - 15/05/03)

01.05.03 Je retrouve Fumika à l'aéroport, après une fouille minutieuse des douanes japonaises. Evidemment, un backpacker aux cheveux longs provenant de Thailande, c'est forcément un peu suspect... Pêche infructueuse, je n'ai pas l'ombre d'une once de marijuana sur moi.


La famille Nonaka


58 kgs, un peu pâlichon et fatigué, je me suis fait chouchouter et requinquer par Fumika et ses parents (et ses copines!), à grand renfort de petits verres de Saké et d'excellente cuisine japonaise. En matière de cuisine japonaise, et si je me tente à une métaphore, je dirais que les sushis, dont je suis très friand, ne sont que la face émergée de l'iceberg. La cuisine japonaise a bien des choses à offrir aux gourmets, même si je garde une petite faiblesse pour les sushis...


Fumika


La langue et les produits français ont la côte au Japon, synonyme de gastronomie et de chic dans l'imaginaire de beaucoup de Japonais. Paris et ses beaux monuments, les villages de campagne et leurs splendides églises, les croissants, le bon vin et les sacs Louis Vuitton: c'est à peu près ça, la France au Japon. Alors on retrouve des produits alimentaires français partout, en particulier les pains, les viennoiseries et les pâtisseries à la française, surtout dans les rayons alimentaires des Grands Magasins, où des enseignes comme Fauchon ne désemplissent pas. Quant aux boutiques de fringues, elles utilisent très souvent des noms français pour leur enseigne. C'est chic, vous comprenez...

"Et vous avez des camions en France?"
- Oui Fumika, on n'est pas tous à vélo...


Geisha show, Kyoto


Avec Fumika comme guide spéciale, j'ai découvert quelques-unes des attractions de Tokyo: la Tokyo Tower (réplique japonaise de la Tour Eiffel) avec une vue magnifique sur Tokyo by night (ça me rappelle l'ambiance très spéciale de Blade Runner), Ginza et ses chics et chers magasins, Shinjuku et son effervescence le soir, les temples bouddhistes d'Asakusa. Un petit tour de quelques jours dans la région de Kobe-Osaka-Kyoto m'a permis de visiter quelques fabriques de Saké et de voir un chouette spectacle sur le Japon traditionnel (les Geishas!). Et surtout, de retour à Tokyo, le clou de la visite: les tournois de SUMOS!!!


Sumo, Tokyo



Sumo, Tokyo



Kimono, Kobe


(...)

Voilà, mon récit s'achève, et ce beau voyage par la même occasion. Demain je rentre au bercail. L'aventure se termine pour moi, un peu prématurément par rapport aux plans initiaux, mais est-il encore besoin d'évoquer ces plans initiaux? L'essentiel est pour moi d'avoir vécu une belle expérience. La boucle est bouclée, il me tarde désormais de tourner la page et de m'attacher à de nouveaux projets.

Ce voyage m'aura certainement apporté beaucoup de choses, et il serait un peu rébarbatif d'essayer d'en faire l'inventaire, mais s'il est une chose que j'ai découverte au cours de ce voyage, c'est que voyager autour du monde est beaucoup plus facile que je ne me l'imaginais. Et en gérant son budget, cela ne revient pas plus cher que de vivre sédentairement en Europe. Le plus dur, c'est de partir.

Merci à tous ceux qui nous ont suivis dans notre aventure.

A bientôt,
Seb

PS: Stef continuera à poster ses mises à jour sur le site jusqu'à son retour en France.

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