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WorldCycle (2002-2003)
De Paris à Paris, carnets de route d'un voyage d'un an autour du monde.

Argentine.


Buenos Aires, 21 octobre 2002
El Calafate, 14 novembre 2002 - Stef
Bariloche, 26 novembre 2002 - Seb



Buenos Aires


Buenos Aires, 21 octobre 2002

(pas d'accent cette fois-ci, desole)

Arrivee a Buenos Aires en provenance de San Ignacio dans un bus de premiere classe comme je n'en ai jamais vu auparavant. On a dormi comme des loirs dans des sieges en cuir enormes, pratiquement entierement allonge, avec oreiller et couverture. Puis on nous a reveilles avec un plateau petit-dejeuner. 09h00 du matin, 31oC. Pas mal pour la mi-octobre.


Buenos Aires, record d'emballage


Nous voici dans la capitale argentine depuis une semaine, dans une auberge bien sympathique dans le quartier de San Telmo, passons nos journees a nous ballader dans la ville ou a paresser a l'auberge et rencontrons des tas de gens, voyageurs de passage a l'auberge, locaux qui y travaillent. Echanges dans une ambiance decontractee. Il fait bon vivre.

Nous avons deja bu nos premiers mate, la boisson traditionnelle nationale, sorte d'herbe sechee (Yerba) qu'on arrose d'eau bouillante et qu'on boit a l'aide d'une paille metallique en forme de pipe, dans un pot de bois, a plusieurs de preference. Un peu amer a mon gout, mais je m'y ferai surement, j'ai deux mois pour ca. Et ici c'est une coutume bien vivante, tout le monde en boit. On a aussi evidemment deguste nos premiers vins argentins, en bouteille ou en carafe, en accompagnement d'un bon steack ou d'une morcilla (boudin noir) a la Vieja Rotiseria, notre cantine - on a deja nos habitudes dans le quartier. Et puis nous avons ecoute, regarde et danse nos premiers tangos. En voila, une danse sexy - technique aussi.

Ce soir, diner en terrasse avec 2 anglais de l'auberge, sur la Plaza Dorrego, a quelques blocs plus bas dans notre rue. Musique tango, les gens dansent sur la place, il fait bon. On pourrait etre a Paris. A 2 pas, quelques misereux, une famille entiere, parents et (jeunes) enfants eventrent a mains nues les sacs d'ordures, recuperent, trient ce qui peut l'etre. Histoire de nous rappeler qu'on est a Buenos Aires et que la situation economique n'est pas exactement la meme qu'a Paris.

Nous avons aussi goute un peu a la noche porteña avec Sarah et Sally, nos nouvelles copines de Bristol. Nous atterissons un soir dans un bar funky trendy de Palermo, rempli de beautiful people ou nous degustons en terrasse un Gin Tonic phosphorescent, avant de traverser la rue pour franchir les portes du Club 69 - tout un programme. Ouverture de la soiree, seance de break dance au milieu de la piste par des gars gonfles a bloc, gros biscotos, assez impressionnant a regarder. Le Gin Tonic aidant, je me permets quelques galipettes surprises au milieu de ces messieurs. Pas trop a leur gout, mais c'est trop tard j'ai eu mon petit succes. Des chauffeurs de salle habilles de paillettes et equipes d'enormes phallus en mousse, un faux magicien avec une enorme perruque rouge, moustache fine et fausse colombe en bois, et quelques ravissantes hotesses vendant des chewing-gums. La salle se remplit vite, et voila bientot tout ce beau monde qui monte sur la scene et se livre a des jeux libertins, mimant des actes de coit de groupe me rappelant quelque part des scenes d'Orange Mecanique. Ou encore le livre que je viens de finir: "Justine ou les malheurs de la vertu", du Marquis de Sade (tres bon!). Je suffoque un peu, j'ai perdu les autres, meme Stef - je ne pensais pas que c'etait possible de perdre Stef dans une foule. Bruit, fumee, foule, mechant, vite, sortir, taxi, maison, dormir. Il est quand meme deja 4h00.

Dans un tout autre registre, quelques jours plus tard, nous nous dirigeons vers Nueva Pompeya pour une soiree Karaoke special Tango dans une pizzeria. Nous y rejoignons Oskar, un pauvre homme deprime, delaisse par sa femme il y a quelques mois apres 30 ans de mariage, rencontre la veille a la derive dans les rues de San Telmo, et a qui Stef et les filles ont apporte un peu de reconfort autour d'un verre au Gibraltar, le pub du coin. Il nous a invite pour nous rendre la pareille et nous remercier. Ce soir je remplace Stef, parti en vadrouille dans Buenos Aires. Oskar nous presente toute la petite societe du restaurant: le patron, le pianiste, le professeur de Tango, et les autres habitues. Il a ecrit un poeme pour nous, qu'il lit la main tremblante devant tout le monde. On nous dedicace une chanson et quand vient le moment de danser, on passe un rock'n'roll en notre honneur. Jamais je n'ai vu homme si desesperement reconnaissant.
Le restaurant est un endroit affreux au premier abord, sans charme aucun, et la population un peu speciale. Les visages sont ternes et la moyenne d'age de la clientele sensiblement superieure a la notre. Il y a le patron du restaurant, ronge par la cigarette, ce soir derriere la console, tres serieux avec son casque sur les oreilles... malgre le son pourri. Et puis il y a le manchot, le borgne moustachu, l'unijambiste coiffe comme Elvis. Et le professeur de tango qui ressemble a un vieux megot de clope. On n'est pas vraiment a notre place ici, mais malgre tout on s'y sent rapidement bien devant un tel accueil, et les gens sont gentils. On ecoute durant plusieurs heures les clients reprendre a tour de role des chansons populaires, certains avec brillo. Puis on danse, il y a de la joie. A 4h00 nous quittons le restaurant qui commence a se vider. Et quand vient le moment des adieux, la moitie du restaurant nous salue en agitant la main. Tres emouvant. Oskar nous racompagnera jusqu'a notre auberge.


 


Buenos Aires aura ete aussi la ville ou j'ai mange ma premiere tarte au citron du voyage... et ou j'ai enfin trouve un drapeau francais pour accrocher sur mon velo. Il fallait quand meme le noter.

Mais commencons par le commencement: ¿ou en etions-nous, deja? Ah oui, Curitiba, Bresil.

Elections

Nous quittons Curitiba en y laissant nos velos et nos sacs. Armes d'un sac a dos pour deux, equipes du strict minimum (brosse a dent, savon, pull, appareil photo, livre et carnet, papiers et quelques sous), libres comme l'air, nous partons pour un tour d'une semaine: Curitiba - Morretes - Paranagua - Ilha do Mel - Curitiba. Bus pour Morretes, on roule dans le brouillard, arrivee dans la petite ville sous la pluie, on commence a etre habitue. Et dans le bruit. Il y a des petards et des klaxons, et un convoi sans fin de voitures aux couleurs d'un candidat local. Le Bresil est en phase finale de periode electorale (presidentielle entre autres).

En matiere de campagne electorale, les Bresiliens ne manquent pas d'idee, ils redoublent meme d'artifices creatifs lorsqu'il s'agit de promouvoir leur candidat. A Rio, la piste cyclable qui longe Copacabana est largement pratiquee en va-et-vient par des vehicules a roue plus farfelus les uns que les autres: triporteurs, velos, tandems equipes de sonos, et autres cycles bizarroides (roue avant excentree, systeme de poussoir remplacant les pedales). A Curitiba, des pans entiers de murs sont peints aux couleurs de leur candidat. Aux feux rouges, des hordes de petits bonshommes agitent des drapeaux, d'autres distribuent des tracts dans la rue. Les speakers des voitures ou cyclos beuglent les discours de leur candidat. Dans une grande rue pietonne commercante de Sao Paulo, on tombe meme sur un pasteur candidat venu a la rencontre des ses fideles-electeurs, arme de sa guitare et de ses chansons, entrecoupant ses chansons de discours qui semblent convaincre l'assistance (les hochements de tete sont nombreux). Derriere lui, sa photo en 4 par 3 avec sa guitare et son chapeau. Vaut le coup d'oeil.

Ballade matinale dans Morretes au bord de la riviere, nous suivons un bout de chemin de fer desaffecte qui passe au dessus. Le bois est mouille, entre chaque planche c'est le vide, nous sommes a 10m du sol, frisson! Nous passons devant une magnifique camionnette bleue, a vendre pour 4000 Reais (env. 8000 FF). On se prend a imaginer qu'on la prend sur le champs pour descendre vers la Patagonie et la revendre la-bas. L'idee a du charme, un autre voyage peut-etre.

Courte pause d'une journee a Paranagua. Nous louons une barque a l'un des passeurs au bord de l'estuaire, une charmante petite barque, spacieuse avec un parasol installe au milieu. Nous passons l'apres-midi au soleil sur l'eau. La barque est difficile a manoeuvrer, parfois on s'echoue dans la vase car le niveau de l'eau a baisse. Stef se fout litteralement de ma gueule car je m'en sors vraiment comme un pied. Pour la peine il ramera toute l'apres-midi. Et puisque le voyage est aussi fait pour faire des experiences, on decide de se teindre les cheveux. Ouah delire. Visite au rayon teintures de la pharmacie, je m'interesse pour la premiere fois de ma vie aux produits l'Oreal. Retour a l'hotel, lecture de la notice, la salle de bain se transforme en salon de coiffure. Stef passe le premier sur le billard, arme d'une brosse a dent je lui badigeonne le crane d'eau oxygenee, ses cheveux jaunissent a vue d'oeil. Puis c'est mon tour, en brun. On se regarde dans le miroir, un peu angoisse de ne pouvoir faire marche arriere, on s'observe, on rigole, photo.

Ilha do Mel

Apres le souvenir tres mitige de Ilhabela, Ilha do Mel nous a reconcilie avec les iles bresiliennes. Il n'y a pas de voiture sur l'ile, ni de route goudronnee, seulement des sentiers de sable. L'ile est sauvage, la nature y est predominante. Un havre de paix, dont la majeure partie est une reserve naturelle. Etant hors saison, l'ile n'est pas encore surpeuplee. Il y a pourtant suffisamment de gens pour nous permettre quelques rencontres. Nous posons notre brosse a dent a la Pousada Tropical. Nous faisons la connaissance de Norberto, espagnol, zen, en voyage pour un an en Amerique du Sud et qui vient de finir un contrat de travail de 3 mois en tant que professeur d'anglais a Paranagua. Et Pedro, son pote de Madrid venu lui rendre visite. Quelques bieres autour du baby-foot, le contact entre les peuples est etabli.


Ilha do Mel


Ballade dans la partie sud de l'ile avec nos nouveaux amis espagnols et Juliana, une bresilienne de Curitiba. Le soleil nous suit toute la journee, sentiers de sable dans la verdure, plages, grimpette dans les rochers le long de la cote. Ambiance Club des Cinq au retour avec decouverte de petits sentiers, voies sans issue qu'on contourne par la mer, coucher de soleil exclusif en panoramique, seance de liane facon Tarzan et Gabi le chien qui nous suit la moitie de la journee. A Ilha do Mel, nous avons en effet retrouve nos amis les chiens errants. Ils errent sur les sentiers et les plages, paressent, jouent, se racontent des blagues en chien, suivent les promeneurs pour un bout de chemin. Ils avaient disparu de la circulation depuis Sao Paulo, et ca nous manquait.
L'ile est en phase d'etre coupee en deux par la mer, qui inexorablement poursuit son travail d'erosion methodique. A maree haute, la partie nord de l'ile n'est reliee a la partie sud que par un mince filet de sable. Et quand la mer monte, on realise que l'ile est litteralement rongee par la mer. C'est la nature qui reprend ses droits. Deja quelques maisons se sont effondrees, d'autres menacent de subir le meme sort prochainement. La cote est jonchee d'arbres morts, dont la base s'est affaisee sous les assaults repetes des vagues et qui se sont effondres sur le sable. Quelques digues de fortune (palissades, sacs de sable) erigees pour contrer l'avancee de la mer et ralentir sa progression, et qui font bien pale figure. Le sable se melange a la terre de couleur ocre et noire. Presque lunaire.

Quelques bonnes soirees a la Pousada Tropical, attables avec les voyageurs ou touristes de passage. On joue au Uno, on blague, on mange ensemble, on trinque, on se raconte nos itineraires, nos anecdotes de voyage, nos projets, nos vies.

De Ilha do Mel, nous reprenons le bateau pour Paranagua, d'ou nous prenons le train pour retourner a Curitiba dans les terres. Un joli petit train colore, bruyant, fumant qui rallie Curitiba en traversant les montagnes. La derniere partie du trajet est magnifique, ascension au milieu de la jungle, le train roule a flanc de montagne, passe devant des cascades, traverse des ponts au dessus du vide, certains offrant une perspective saisissante sur la vallee en contrebas.

Foz de Iguacu, Tahiti-Douche

Au bord de la piscine, a l'ombre des parasols, les oreilles bercees par le chant des oiseaux, la brise dans les palmiers et la musique de Ruben Blades. Muy tranquillo. C'est Jose qui a amene le disque, un Argentin de voyage pour quelque temps au Bresil. Il se prelasse tel un crabe au soleil, immobile et silencieux.

Nous sommes arrives au petit matin a Foz de Iguacu, apres une nuit de bus depuis Curitiba. Nous sommes proches de la frontiere entre le Bresil, le Paraguay et l'Argentine. Et proche des fameuses chutes d'Iguacu. Nous avons pose le camp pour quelques jours dans une auberge au cadre idyllique version Tahiti-Douche ®. Nous campons dans le jardin, herbe verte green de golf, hamacs, palmiers, piscine.

Nous passons la premiere soiree a l'auberge au bord de la piscine en compagnie de Jose, le crabe argentin, Stephanie, la podologue normande, Eran, le dragueur israelien, et Ines, Lea et Hani, trois israeliennes point denuees de charme. Soiree retro: action-verite qui nous amene a tous terminer dans la piscine, puis nous allons reveiller les filles en versant quelque serenade langoureuse a leur fenetre. L'occasion pour Jose de nous apprendre notre premiere contine argentine pour enfant. A vos dictionnaires.

El viajar es un placer
Que nos suele suceder
En el auto de papa
Juntos iremos a pasear

Vamos de paseo - bip bip bip
En un auto feo - bip bip bip
Pero no importa - bip bip bip
Porque llevo torta - bip bip bip



Foz de Iguacu, Jose-Stephanie-Seb


Lever ce matin a 8h00, au programme de la journee: les chutes d'Iguacu, cote argentin. Nous partons dans un petit van, en compagnie de notre equipe israelienne. Premiers pas en Argentine! Le decor est magnifique, les chutes impressionnantes. Des papillons par dizaines, des oiseaux, des iguanes, des fourmis geantes sorties tout droit de Tchernobyl, telles qu'on les confond presque avec des araignees. De l'eau partout, bruyante. Des couloirs bien amenages nous permettent d'aller juste au dessus des chutes pour se pencher dans le vide, ou juste au dessous pour s'envahir du vacarme et se faire genereusement arroser. Seance bateau au pied des chutes, l'embarcation est ballotee par les eaux turbulentes, on se fait saucer, c'est drole.

Un petit train tout mignon nous emmene de l'autre cote pour observer les chutes d'un autre angle. Ciel menaçant sombre et bas qui gagne du terrain rapidement en se dirigeant vers nous. Lumiere exceptionelle, le vert de la vegetation, le noir du ciel et des eaux en mouvement. A l'instant ou nous arrivons a la chute, l'orage eclate a grosses gouttes qui mouillent. La chute est spectaculaire, l'eau se fracasse en un vacarme etourdissant provocant des nuages de goutelettes d'eau. L'orage, la pluie battante et le vent, la luminosite du ciel transperce d'eclairs donnent a la Nature un visage terrifiant, ennivrant. Les elements se dechainent, on se sent emporte dans ce courant, on se sent puissant. Trempes de la tete aux pieds, torse nu, on hurle en prenant des poses de betes sauvages, euphoriques. Puis on repart en courant pour refaire le kilometre dans l'autre sens, se mettre a l'abris et prendre le train.


Cataratas de Iguazu


Visite du barrage d'Itaipu, projet commun entre le Bresil et le Paraguay: la plus grande centrale hydroelectrique au monde en termes de production d'electricite. Un peu decevant mais vaut le coup d'oeil, on aurait aime plus d'information.

Symboliquement, et surtout parce ce que c'est plus pratique, nous passons la frontiere Bresil-Argentine en bicyclette. 13 Kms pour rallier l'auberge au Bresil a Puerto Iguazu en Argentine. Entre les deux postes-frontiere eloignes d'environ deux kilometres, nous franchissons le pont qui passe au-dessus du Rio Iguacu et coupons la ligne de demarcation symbolique au milieu du pont. Adieu Bresil, a nous l'Argentine. Notre passeport s'enrichit de quelques tampons supplementaires.

San Ignacio ou le retour de la Turista

Le soir de notre passage en Argentine, nous atterrissons a San Ignacio, en vue de visiter les ruines de la mission Jesuite du meme nom. La ville est elle meme un peu a l'abandon, sale et deserte. On y trouve ce qu'on suppose avoir ete autrefois un terminal de bus, abandonne. Une petite place avec une statue, envahie par les mauvaises herbes. Comme si la ville avait eu son heure de gloire, mais etait desormais delaissee. Ou alors le grand menage de printemps n'a pas encore eu lieu, car la ville sort tout juste de l'hiver et nous sommes encore hors-saison. San Ignacio est une ville rouge et verte: rouge de la terre qui impregne les murs des maisons et colore les chemins boueux, et verte de la vegetation qui l'entoure.

Plantage de tente dans le jardin de l' "hospedaje aleman Salpeterer" pour 3 Pesos chacun (6 FF, record battu). Nous rencontrons Fabian, un jeune Allemand de 20 ans, parti en Argentine son Abitur (baccalaureat) en poche il y a un an pour s'occuper d'enfants defavorises au titre de son service civil, et profitant de la fin de sa mission pour faire un tour de quelques mois dans le pays avant de rentrer. C'est Fabian qui nous fait boire notre premier Mate. Pour n'avoir pas touche du bois en parlant de ma bonne sante persistante pendant ce mois bresilien, je me reveille le lendemain l'estomac en greve, sujet aux humeurs de la Señora Turista. Me voila puni pour ma vantardise. Visite des ruines un peu decevante, en aller-retour avec les toilettes.

Mon espagnol progresse un peu tous les jours. Je m'arreterai peut-etre quelques jours en route pour consolider cela. Et je me suis arme de quelques bouquins: deux Arsene Lupin en espagnol, et surtout les histoires de Condorito, une BD hilarante et pas trop dure a lire - des historiettes d'une page qui se terminent toujours par une personne tombant a la renverse de part l'absurdite d'une replique ou d'une situation, en faisant toujours le meme bruit - ¡PLOP! Hilarant.

Voila un peu plus de deux mois que nous sommes partis, et deja nous avons fait le plein de rencontres, d'images, d'instants. On aimerait pouvoir se souvenir de tout, garder toutes les bonnes choses dans un coin de son cerveau, prendre le meilleur des gens qu'on rencontre. Beaucoup de moments forts depuis Curitiba. La suite des evenements s'etant un peu clarifiee a partir de Curitiba, nous avons pu profiter pleinement du voyage et accepter le fait que le format avait change: moins sportif, plus sedentaire et plus de temps a consacrer a chaque stop.

Demain s'ouvre une autre page de notre voyage, la troisieme. D'abord le depart de Sallie, et maintenant, apres un mois et demi de vie commune tel un petit couple depuis Rio, Stef et moi nous separons - pour un moment du moins. Stefan continue jusqu'a nouvel ordre comme prevu en sac a dos , en compagnie de Jerome qui le rejoint pour quelques mois. J'espere que le repos, les seances d'acupuncture et le reste le remettront sur pied d'ici quelques semaines, ou quelques mois. Retour pour moi au format initial de voyage, aux grands espaces, a la vie saine et nomade - en solitaire cette fois. Je leve le camp demain matin, 60 kms en train vers le sud pour sortir de la banlieue jusqu'a Cañuelas, et en selle. Roulez jeunesse.



Seb
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Hello folks!

Last time we wrote was in Curitiba, where we stayed a day and moved on, leaving the bikes and most of our stuff in the youth hostel, to be picked up on our way back. We stopped off in Morretes for a night, where we tasted their local casserole, called Barreado, with loads of chewy meat cooked for 24 hours. It rained all the time so we didn't get up to much apart from reading. We caught the bus to Paranagua, which stopped every 300 metres and was absolutely crammed, so here we were standing up overlooking cleavages, receeding hairlines, dandruff fields and stupid hats. We spotted a guy next to us with greasy hair and corn flakes on his shoulders, who released the strongest smell of sweat I have ever experienced in my humble existence. Hearing "plonk" I turned around and a guy had fainted, the reason was not that hard to figure out.

Paranagua was described more as a stopover for travellers bound for Ilha do Mel with nothing much to see, but the place was really quite attractive. A long beach on the estuary, colonial buildings, paved streets, outdoor bars and restaurants, cute markets, and a cool archeology an ethnology museum full of guarani indian artefacts, pots, machines, cachaça distilling equipment, human skeletons, reconstutions of villages, all of this displayed in a Jesuit priests school built in 1700. We rented a boat and rowed around swamps and islands of dense vegetation, where we were bitten by a gang of starving insects. After a few caipirinhas and a sudden burst of inspiration we decided to go and dye our hair. Mine blonde, Seb's black. So there we were in the chemist's, desperately trying to figure out (in Portuguese) what product to buy, staring at smiling women painted on 20 square metres of product boxes. Our mission was a success finally, here is the result.


Paranagua


We hopped on a boat to Ilha do Mel the next day, about 2 hours' journey. Ilha do Mel is a little island of about 35 km circumference, split into two sections by a double sided beach. There are no cars, just narrow sandy footpaths. On the bay side, it is dense with vegetation and swamps, and on the Atlantic side it is full of hills and beaches. Due to erosion, the island is gradually getting eaten away by the sea, which only leaves about 20m width on Nova Brasilia, the beach separating the island in two. On the Northeastern coast of the island, we saw a whole stretch where the sea has nibbled away the nutritious earth off the roots of dying trees, forcing them to die on the beach and finally be washed away into the sea to rot. One brave dead tree stood alone in the middle of the beach with its roots burried down deep, stubbornly refusing to abandon its post. Houses also are having trouble standing their ground, many have fallen in, and those that haven't, have been rebuilt at their base with boulders and branches.


Ilha do Mel


We spent about 3 days in Ilha do Mel, walking around the island, swimming, visiting the fort, the lighthouse and a cave on the south side. We met many people there, predominantly German, so we were able to make many jokes about the war and all that. Food and beer were very cheap, and we were entertained by aggressive table football games and a game of Uno, a card game everybody seemed to know. The Uno game was fantastic in that it grouped together a bunch of people with the sharpest stereotypes of European cultures. Here's our dream team:

- The Italian: let's try and picture him. A sleeveless designer shirt open down to the navel, exposing a hairy chest and obvious jewelry. A thin, carefully carved moustache above the upper lip, dark curly hair. Loud, high-pitched voice and loads of gestures. Every existing option he could think of to break the rules, he would exploit to the full, with no shame whatsoever. He would look at other people's cards; claim he didn't know the rule when he made a move that made him lose points. He would throw in any irrelevant card hoping for the best; jump his turn to play, criticise a rule in his favour but supported this same rule further down the line. He would interrupt, insult, accuse others of cheating when they weren't. He certainly put a lot of spice in the game.

- The Germans: there were two of them, fighting between themselves like dogs over a bone. Killing them would be the only way of distorting or making any exception to the game's rules. No laughing mein General, das ist ein serious Game. There is nothing that makes them more annoyed than the Italian's behaviour, which they attacked with the most ferocious passion. Shaking heads, loads of huffing and puffing.

- The Dutch: easy going, tolerant guy. The behaviour of the Italian and the Germans does not bother him in any way, he takes the ill-founded attacks and the cheating with a good old smile and gets on with the game.

- The French: a couple from Martinique, and me. The girl plays the role of the umpire, and argues the rules with conviction. The other two - and I include myself - have trouble loosing, and allow themselves to judge other people in the most subjective way, which is really what I have been doing in the last few lines.

We finally left our friendly international crowd to head towards Iguaçu. Seb would cycle again from Buenos Aires, and he wanted to stick to our original timing (October 15 in Buenos Aires) so we moved on. Boat back to Pontal do Sul, followed by a large coconut drink before a one and a half hour bus trip. The coconut drink was quite a surprise to the old bladder, and before I realised what was happening Seb was standing up, wiggling his hips and pursing his lips 20kms before our destination. A quick chat with the driver and Seb bounced off the bus, grabbed his bursting organ and released the dreadful pressure on the side of the road. For a moment there he stood in relief, open mouthed, head back, while a whole busload waited in patient silence. From Paranagua to Curitiba, we took a scenic train through the mountains, over high bridges and dark tunnels, admiring a beautiful view of dense jungle, rivers and waterfalls. We picked up our stuff in Curitiba and took the night bus to Iguaçu.

The Youth Hostel on the Brazilian side is probably the best I have ever been to. Swimming pool, bar, cheap all you can eat evening menu, breakfast included, library, pool and table tennis table, football pitch, hammocks everywhere and a great bunch of people running the place. Many really nice travellers there too, including Jose, an Argentinian guy with a great sense of diplomacy, a real gentleman, and 3 Israeli girls, Hani, Ines and Lea, full of life and very pretty. Going back in time about 15 years, we played a game of Truth or Dare by the swimming pool, forcing each other to carry out the most immature tasks. As ashamed as I am to say so, we weren't even drunk.

I had been to the Iguaçu Falls a year ago, but it was great to see them again, still very impressive. After a quick stop where the borders of Paraguay, Argentina and Brazil meet where the muddy Rio Iguaçu flows into the Rio Paraná, the tour on the Argentinian side took us through a stretch of the jungle, then along a path at the foot of the waterfall. The spray was everywhere, especially on the boat trip into the rapids, which took us to the base of some of the falls. Then we took a tourist train into the jungle and saw the most impressive waterfall of the lot, the Garganta del Diablo (Devil's throat) under rain and lightening, which created a dark and scary atmosphere.

Instead of seeing the Falls from the Brazilian side too, we went to see the world's largest hydroelectric power plant, Itaipu. The plant is a joint investment between the Brazilian and Paraguayan governments, built between 1975 and 1991. It produces 95% of Paraguay's electrical supply and 25% of Brazil's. The dam reaches 200m in height, is 8km wide, and can discharge 62,000 cubic metres of water per second. The highest it got to was in the mid eighties, where the flow reached around 40,000. The reservoir enabled by the dam is about 170 kms in length. The bus tour lasted an hour, it was quite impressive but short. I would have liked to have seen the cylinders and the technology inside the dam itself.

As we got back to the hostel, a busload of 120 acupuncturists had arrived for a 3-day congress. While playing volleyball in the pool under the hot sunshine (quick wink and nudge at our friends back home in the cold october drizzle), I had a chat with a few of them and they suggested I come to see them in Buenos Aires for treatment on my knee. Well, why not, I don't have much to lose except that I hate these metal rods being inserted into my body.

Off we went from Iguaçu, about 8km on the bike to the Argentinian border, and we hopped on a bus to San Ignacio, to see the ruins of a Jesuit mission, villages built by priests sent from Europe to convert the indigenous people to catholicism between the 16th and 18th centuries. The town of San Ignacio itself looked like it was in ruins: its fancy squares, with statues and planted trees, were covered with weeds and graffiti. The place looked a bit like a ghost town. The ruins of the Jesuit mission were interesting, much bigger than I thought the place would be. The whole place was built with large red stones, and was now covered with dense bright green grass, which makes the place very colourful. We walked through the main square (Plaza de Armas), the residential areas, the kitchen, the prison, the church, the cemetery. We were just waiting for one of those special effects in a film where the images of the ruins would blend into the movie set and we would be taken 300 years back in time. Actually, the inhabitants of this mission used to live in several other places, but they had to flee due to the threat of bandeirantes, who captured Indians to use them as slaves in the sugar plantations. This mission existed only a few decades before they were expelled by the Kingdom of Spain in the late 18th Century. While I was looking around, Seb was desperately trying to prevent his breakfast from jumping out of his body.


San Ignacio.


Have you noticed that when things piss you off, everything seems to piss you off at the same time? Today it was cold and it was raining. I tried to get into the shower twice, and the first time Seb was already in there and the second there was no more water. The post office was shut. An obnoxious French woman we just met was rude to me. We gobbled down an expensive pizza at full speed to catch a bus that we missed. The first guy selling the tickets gave us a patronising lecture about having to arrive on time, as the second rudely took the piss out of us. When we caught a later bus to catch up with the bus we were scheduled to take, which meant loading and unloading the bikes twice, we discovered that we had about 5 minutes to enjoy a first class meal included in the price of the ticket. Besides, we weren't hungry anymore. The film was shit. So me tonight angry.

So we settled in at a great Hostel in Buenos Aires, the Hostel Inn. Great place, central, fun, Internet access for free, activities organised. The people here seem to do nothing but go out and get drunk, what a sharp contrast to home! Obviously we were caught in the trap once or twice, but we behaved. My biggest vice here was the Vieja Rotiseria, where I went 6 times in one week. The meat there is just gorgeous, I think by the time I leave Buenos Aires I will have eaten half a cow. I tasted the entire grill menu, including kidney, black pudding, and loads of different steaks.


Buenos Aires, Hostel Inn


During one of our meals a man walked by, and fell in love with Sally and Sarah, the two girls from Bristol from the Hostel. The man was around 55 years of age, and had the saddest look on his face, bulgy eyes, tired looking. After a few where-are-you-froms and a few sheepish smiles, the guy walked away, as we all felt depressed at how sad and lonely he looked. Thirty seconds later, the guy came back, smiled and with his palms upwards and his arms outstreched, he said "I'm so sorry to disturb you again... I came back because you made me feel good, and I wanted to get to know you". It was really cute and we all felt quite emotional as we invited him for a drink at our table. He explained he had been separated from his wife for 5 months after 30 years of marriage, that he was terribly lonely. His only friend was a little puppy someone had left at his door a few weeks ago. Anyway, he invited us all to his local tango bar in Nuevo Pompaya the next evening, Sebastian and the girls went, apparently they felt really welcome and had a great time. Oscar, we hope everything works out for you!

Last time I met Valeria was on a bus, last year, between Buenos Aires and Iguazu. The bus broke down, so the trip lasted about 22 hours, during which time we had a great chat. She was preparing an environment for butterflies in the new Buenos Aires zoo, a project now on hold. It was great to catch up with her again in Buenos Aires for a few drinks. If you travel to Europe Valeria, give us a call, I'll show you around!

Apart from drinking alcohol and eating meat, we got a little organised. I temporarily said goodbye to my bicycle, that I am lending to Sallie's brother Blaise for a few months. Went shopping, Seb got a gore-tex jacket and I got a rucksack to replace my pannier bags. And I went to the acupuncturist 3 times for magical treatment on my knee. The place was very strange, I felt I was with some sect or something. The place was quiet except for chinese music in the background. On the wall, the picture of a guru with a strange hat, a long white beard and a cross. Smell of insence everywhere. I am greeted with a kiss dangerously close to the mouth and a soft wandering hand over my arm. At the reception, an agitated. grumpy old woman is rushed into a room to avoid contact with the other clients. I am shown into a room with three beds, one of which is occupied by a man complaining that everything is wrong in his life. Claudia, who I had met in Iguaçu, tells me to relax for 10 minutes, after which she arrives with a set of needles. She takes my pulse, and sticks needles in my wrists, feet, legs, forehead. The idea is to reach the muscle/tendon system and reinforce it, rather than treat the knee locally. I am quite skeptical about this way of thinking, I have to admit. But I am open to it and if it works, well, bloody marvelous, bugger me senseless with a handful of sand on creaky bed!

Tonight is my last evening with Seb for a while, as he is leaving Buenos Aires tomorrow, taking a train to Cañuelas and cycling from there. We will meet up on the way if our timing is compatible, but backpacking and cycling are two different trips and our routes will probably be different. Seb, I wish you all the best, I hope you have a great time. I look forward to hearing your adventures, and if my knee gets better I'm on the road again with you.

Folks, it's been a pleasure. Loads of hugs back home, I hope all is well. For me, next stop is the lake district of Southwest Argentina for a bit of outdoor stuff, and then down to Patagonia. Take care and I hope to hear from you soon. Byeeee!

Stefan

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Ilha do Mel



Ilha do Mel



Ilha do Mel



Sao Paulo, auberge de jeunesse



Iguazu et nos copines israéliennes






El Calafate, 14 novembre 2002 - Stef

A few hours after Sebastian and I said goodbye in Buenos Aires, I got an emergency call from a guy who had helped Seb prepare his cycling route a few days back. He explained that he had sent Seb on a route where he would find 800km of desert, not a single house or shop on the way. Also Seb didn’t really know where he would end up getting off a train he took to get out of the Buenos Aires suburbs on his own. So I was wondering if things would work out for him....Anyway we exchanged mails and he seems to be fine and having a great time.

The first thing I did was to carry out a friend swap. The day Seb left, Jerome (a friend I know from my year in Madrid) turned up, and after a day of shopping in Buenos Aires for a bit of outdoor equipment, we hopped on a bus to Junin de los Andes, a small town on the edge of the Lanin National Park, skipping the whole flat and dull region of La Pampa. One of the first things we did was to vow not to smoke a single fag or drink a drop of alcohol for a month. Never done that before, but it has held up to now. When we headed into the park the next day, it was snowing and then raining and bloody cold, and we set camp in an open refuge on the side of the Lake Huelchulafquen. We had no reason to be skeptical about the weather for the next 5 days we spent in the park were cloudless until the day we left. And wow, the scenery was just splendid.

It was low season, the place was freezing and we were 70kms from Junin, the nearest town, so the place was deserted. We had originally planned to walk round the lake to San Martin, a larger town further south, but we were overloaded, we expected the paths to be more clearly marked and the vetetation to be friendlier when we got lost, and especially we thought the tourist office could have told us that after a day’s walk we would get to a river that was too high to cross in spring. The walking was fantastic though, except that we were chased by a protective mother cow; we had to strip off and walk in the icy cold muddy lake to cross a flooded section of the path; and we got a little scared after getting lost in a forest of colihue (bamboo-like plants) half an hour before nighfall, seriously tearing my brand new rucksack in the process.

We stayed about 5 days in the park. We made several pitiful attempts at fishing, although it is strictly illegal at the moment and you are supposed to buy a permit. We tried in a river, from the port, from the beach, from a boat, in the rain, in the sunshine, at different times of the day, with worms and without. We didn’t catch a bloody thing. We did some great trekks, to a beautiful waterfall you could actually walk under, and to the base of the Lanin Volcano, which is not accessible at this time of year. We went skinny dipping in an absolutely freezing stream, and we enjoyed the luxury of camping under minus zero, which I quickly realised my sleeping bag was not fit for.

Before we left the park, we spent 2 days with Mario, a guy who lives on the south side of the Huelchulafquen lake, who grows his own vegetables, breeds and kills his own cows, runs a natural camping ground and sells artefacts to the few tourists who come this way. We drank Mate and ate Torta Frita (pieces of bread batter fried in cow fat), played Argentinian card games, made friends with his very stupid animals, including Panda, a very small one year-old dog with the tendency to mime humping gestures on innocent cats.

We hitch-hiked out of the park in the back of a packed jeep with room for no more than half a hamster, and stayed a few days in San Martin, an expensive tourist town on the lakeshore. From there we made our way to Bariloche along the superb 7 Lakes region, stopping for a few days in Vila la Angostura for 2 long trekks. This region is really something. Snow-covered mountains, mirror-like lakes, full streams of pure water, dense vegetation. In Bariloche we completed our outdoor equipment shopping, went canoeing for one day on the Rio Manso, walked up to a refuge in the snow, went to a yoga class, and got ready for a 3-day bus trip to El Calafate.

The trip wasn’t that bad really. We met Yael and Oranit (apologies for the spelling), two israeli girls whose constant laughing and good mood proved to be very pleasant and who we are still travelling with. One overnight bus, then a day wasted in Comodoro Rivadavia waiting for a bus to Rio Gallegos, which was 6 hours late. By the time we reached El Calafate we had been en route 2 and a half days.

Why El Calafate? Certainly not the town, where there is nothing to see. We came here, like many other travellers, to see the Perito Moreno Glacier, about 80km from El Calafate. The glacier was very impressive. About 35km long, the height of the ice wall is around 60m above the water. Talking to an American girl by the glacier, I told her that it is no wonder that Argentina is the world’s largest ice cubes exporter, to which she responded with an embarassing “really?”. The site was very impressive, with large blocks of ice regularly dropping off the wall, but a little bit spoilt by the plastic tourist attraction they have made it.

Next step is El Chalten and the Monte Fitzroy, then we plan to spend a week in the Torres del Paine national park in Chile, that is, if Jerome’s knee gets better, he’s been seriously limping for the last 4 days. No Ladies and Gentlemen, this is not a joke, knee problems seem to be contagious.

Not so much to talk about on this stretch, photos would better describe what we are enjoying at the moment. Wish you all the best of luck back home. Keep smiling as the days get colder, damper and shorter, just keep thinking of beaches and coconut trees. Take care!

Stefan

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Bariloche, 26 novembre 2002 - Seb

Bariloche, Provincia Rio Negro. Village perché au pied des montagnes, au bord du Lago Nahuel Huapi, sommets enneigés, air frais et respirable, rivières, lacs, forêts... me voici au pied de la Cordillère des Andes. 4 semaines déjà que j'ai quitté Buenos Aires et que je me promène dans le pays, en immersion. Tout glisse.

/// Buenos Aires - Cañuelas - Bahia Blanca (22 Octobre - 2 Novembre)

Sortie de Gran Buenos Aires

Quelques frissons au matin de mon départ de l'auberge, premiers coups de pédale dans les rues de Buenos Aires, sans mon comparse. Transfert en train du quartier San Telmo vers Cañuelas, pour éviter les banlieues qu'on m'a dites sordides. Pour me mettre dans l'ambiance, un homme m'approche dans le train et me murmure à l'oreille que je suis fada de m'aventurer en train dans ces banlieues, que je vais me faire braquer, avec mon vélo qui fait figure de Rolls Royce comparé aux quelques carcasses a 2 roues qui côtoient ma rutilante monture. La population est apparemment très pauvre, effectivement. Beaucoup de vendeurs dans le train: journaux, piles, rasoirs, calendriers des vétérans de l'armée, sandwiches, cacahuètes, biscuits, boissons, super-glue. Des gens sales, en guenilles. Trajet un peu tendu, aux aguets, mais tout se passe bien. Vite s'enfoncer dans la campagne, s'éloigner de Gran Buenos Aires.

La PAMPA


Pampa


Les premiers kilomètres après Cañuelas sont magiques: verdure, soleil, vent rafraîchissant et du plat devant moi. La Pampa, on m'en avait parlé, et on ne m'avait pas trop menti. Pendant des jours, la route est droite et plate, et s'étend sans fin à l'horizon. A droite, a gauche du bitume, des champs inondés, parfois de vrais lacs oú l'on distingue sortant de l'eau les piquets qui délimitent les parcelles. Sur la route de Tapalqué, le Rio Las Flores est sorti de son lit et inonde le paysage sur des dizaines de kilomètres. Gros courant a certains endroits. Les vaches, moutons, chevaux pataugent. Quelques vaches semblent brouter l'herbe sous l'eau, probablement en apnée... La route, surélevée, échappe aux assaults de l'eau et se dessine devant moi tel un fil au milieu d'un océan. Beaucoup d'oiseaux, certains passent au dessus de ma tête en surfant sur les courants d'air, d'autres planqués sur le bord de la route s'envolent à mon passage après quelques enjambées maladroites, dans un bruit d'avion de la dernière guerre. Ceux-là me font bien marrer, des perdrix je crois. Les estancias se passent le relais sur le bord de la route, on aperçoit les bâtiments au loin au bout d'un sentier de terre qui part de la route. De temps à autre, je passe devant une école de campagne, Escuela numéro 12, 35, 63.


Escuela 16, Provincia de Buenos Aires



Laguna Lobos, premier soir après le départ de Buenos Aires


En 8 jours et près de 700 kms, je traverse la Provincia de Buenos Aires du nord au sud pour rejoindre Bahia Blanca, plus bas sur la côte atlantique. Le kilométrage journalier varie assez fortement en fonction du vent et surtout de son sens. Parfois 50 kms laborieux remplissent bien ma journée de vélo, parfois je pédale 120 kms sans douleur quand le vent me pousse - ces journées là, on les bénit. Un jour de bon vent de face, je passe une chicane - si, si, deux virages d'affilée! L'espace de deux minutes, j'ai le vent dans le dos: je passe de 15 à 35 km/h sans fournir plus d'effort, je n'ai plus de bruit dans les oreilles, incroyable. Et le virage suivant, je replonge dans le vent, le vacarme et la moyenne plafonnée à 15km/h.

Bien que la Provincia de Buenos Aires soit plus peuplée que la Patagonie, les distances entre les villes ou villages sur ma route sont parfois conséquentes. Parfois une centaine de kilomètres sépare 2 points de ravitaillement, l'espace entre les deux n'étant que champs et pâturages, parfois agrémentés d'un péage ou d'un poste de police perdus dans le vent. La logistique alimentaire n'est pas du niveau de difficulté de ce que j'attends en Patagonie plus au sud, mais est malgré tout plus délicate qu'en Europe, oú les villes et villages sont beaucoup moins espacés. Je m'arrête parfois sur le bord de la route pour casser la croûte et contempler les vaches, ces douces bestioles qui semblent très intriguées par cet énèrgumène qui passe devant eux à vélo. Parfois même le troupeau entier se met en branle pour je ne sais quelle raison et me suit en galopant sur quelques centaines de mètres jusqu'à la clôture. Va comprendre, Charles.

Quand le vent redouble, j'essaie de me trouver un abri pour déjeuner, et comme la région n'est pas surpeuplée, je ne fais pas trop dans le détail. Un midi, je casse la croûte au poste de police, seule habitation de la journée sur la route. Je m'installe à la table et dévore mes victuailles, carotte crue, burger double épaisseur sardines-tomate-fromage, tartines au Dulce de Leche (ça y est, j'en suis fou), banane, pendant que l'officier tape son rapport sur une machine à écrire pré-historique. Il me demande d'oú je viens en Uruguay - erreur pardonnable, sur le drapeau français les bandes sont dans l'autre sens. On boit le Mate ensemble, puis je vais m'installer dans le jardin derrière la maison pour une petite sieste au soleil à l'abris du vent avant de repartir.

Un autre jour de grand vent je fais halte au péage, on m'installe gentiment dans la cuisine, à l'abris pour manger mon casse-croûte. Les employés du péage passent dans la cuisine, me saluent, observent ma bicyclette, me posent des questions. Bon feeling, ambiance chaleureuse dans ce poste perdu sur la route et battu par les vents. Une employée passe en coup de vent et m'offre des chicles, puis revient quelques minutes après pour m'offrir des biscuits. Juben-Alejandro s'attarde un peu plus que les autres, m'offre le Mate, me parle de l'Argentine, de son boulot et me questionne sur la France. Il alterne 4 jours de travail et 4 jours off chez lui à Tandil, à 150 kms de là. Pendant ces 4 jours de travail, il vit au péage, mange, dort dans cet endroit un peu lugubre oú le vent souffle et siffle fort au dehors. Le bâtiment est fait d'un long et étroit couloir sur lequel donnent une cuisine, une salle avec des lits, des WCs et une douche. Un carreau est brisé dans la cuisine. Malgré tout une chaleur s'installe dans la conversation et l'endroit prend une autre allure, comme un décor de carton-pâte qui prendrait une autre dimension de part la présence des acteurs. Peut-être aussi à cause du flan au Dulce de Leche qu'il m'offre, préparé avec le bon lait de la vache.

Saladillo, la chaîne de bicicleterias

Seul et en vélo, sur des routes relativement peu fréquentées par les touristes, je vais de rencontre en rencontre. Chacune d'elles est une surprise, souvent bonne jusqu'à présent, un bonbon que je déguste avec plaisir. Les mauvaises surprises existent aussi, je les mets dans ma poche et les oublient. Le deuxième jour après mon départ de Buenos Aires, j'arrive à Saladillo en fin d'après-midi après 82 kms de vélo. Direction la place centrale oú je compte me renseigner pour passer la nuit. A peine le pied posé devant l'église, je suis encerclé par un petit groupe de curieux, on me conduit à une bicicleteria oú Jorge le patron m'annonce qu'ils mettent à ma disposition le local de l'association cyclo-touriste de la ville pour passer la nuit. SUERTE! Gustavo, un membre actif de l'association m'invite à partager son repas en famille, on me gave de beef-steak, chorizos, morcillas, salade de pommes de terre. Gustavo convoque les médias locaux et j'enchaîne 2 interviews dans mon espagnol balbutiant, une pour la radio locale en direct, et une pour le journal télévisé du soir de la chaîne également locale. Mes 2 premières interviews! Après le dîner, petit tour en ville, arrêt dans un kiosque pour acheter des cigarettes. Le gars me dévisage, puis me reconnaît: "Vous êtes pas passé à la télé aujourd´hui? Vous allez à Ushuaia et après en Nouvelle-Zélande". Les choses vont très vite, je plane.


Saladillo, Bicicleteria El Abuelo, Gustavo et Jorge


Tapalqué

Les jours suivants s'enchaînent avec une facilité déconcertante. Je multiplie les expériences médiatiques, me délecte de l'omni-présence de la viande dans l'alimentation argentine, et prends goût au rituel du Mate, ainsi qu'à son amertume. Je m'immisce en douceur dans la vie des gens et prend la mesure de l´hospitalité des habitants de la Pampa.

Je suis une chaîne de bicicleterias qui dans chaque ville, par coups de fil interposés, m'offre l'hospitalité pour la nuit. Tapalqué, 90 kms plus loin, me réserve un accueil fantastique. Nestor Vivas, le propriétaire de la bicicleteria a été prévenu de mon arrive par Jorge le matin. Aujourd´hui c'est jeudi et ce soir c'est la fête dans l'arrière-boutique, on se réunit entre copains, exclusivement des hommes, pour l'ASADO hebdomadaire, l'équivalent argentin du méchoui. On se dirige dans l'arrière-boutique, le cordero (agneau) est là, dépecé, éventré en deux dans le sens de la longueur. Le chef cuisto, un vieux au visage marqué et à l'oeil malicieux, arrache devant moi la tête de l'agneau, il renifle dans le trou laissé par la tête, avec un air satisfait: la viande sera bonne. Une grande table en bois est tirée au milieu de l'atelier, bientôt la compagnie est au complet. Pendant que l'agneau grille sur le feu de bois, on joue au TRUCO le jeu de cartes traditionnel du campo (les cartes du jeu de Schkooooopa!) et on boit du vin. Les questions fusent, je me débrouille tant bien que mal dans mon espagnol hésitant. L'ambiance est joviale, on parle fort, on rigole beaucoup. Une bonne vieille soirée de mecs. Dans la boutique, au calme, un gars me pose quelques questions sur mon voyage. Pour l'édition de demain du journal local. Des petites filles s'aventurent dans l'atelier pour venir me saluer d'un beso.

Puis vient le moment de manger. Chacun des convives, armé à la barbare d'un couteau bien aiguisé, cale un chorizo ou morceau d'agneau dans du pain, arrose le tout d'une succulente sauce Vinaigre/Huile/Ail/Piments et dévore. Le tout accompagné d'une ensalada de patatas con huevos servie dans un grand saladier oú tout le monde mange avec la même fourchette. Les morceaux d'agneaux sont posés à même la table, sale et poussiéreuse, les mains sont grasses, les os jetés par terre sous la table. Et ça parle encore plus fort qu'avant. ORGIESQUE.


Tapalqué


On m'offre une chambre pour la nuit. Le lendemain, on me prépare un petit déjeuner puis direction la radio locale pour une interview en direct. Retour à la casa pour déjeuner, séance photo, échange d'adresses et je reprends la route, accompagné par la charmante Romina. Nous nous quittons après 20 kms et une photo ensemble sur le bord de la route.


Romina


Azul, la POSTA DEL VIAJERO EN MOTO

A Azul, du bleu des fleurs qui tapissaient dans le passé le fond de la rivière, j'atterris a la POSTA DEL VIAJERO EN MOTO. La Posta est un club de motards qui accueille les motards de passage a Azul, et accessoirement les cyclos-touristes, moins nombreux sur ces routes de Pampa peu fréquentées. Garage aménagé en salle à manger avec coin cuisine, lit et salle de bain. Local sale et magnifique, dont les murs sont décorés de multiples dessins et messages laissés par les voyageurs déjà passés par là. Du style "Far away is far away until you get there", Rock'n'Roll. Beaucoup d'Allemands et de Japonais, des Anglais, Australiens, Canadiens, Israéliens, Français, Colombiens, Brésiliens, Venezuéliens, Finlandais, Norvégiens, Arabes. Des motos rangées dans un coin. Une grande table en bois au milieu de la pièce. Et dans le garage mitoyen, des babyfoots et une grande cheminée pour les Asados du vendredi soir. Et justement, aujourd'hui c'est vendredi et c'est la fête a la Posta. SUERTE! On remet ça entre mecs. Fin de soirée endiablée autour du baby-foot, ça braille, ça rigole bien fort, qu'est-ce qu'ils sont sympas, tous!


Azul, la Posta del Viajero en Moto


Loma Negra, village perdu au milieu de la Pampa déserte et dont la seule attraction est son énorme fabrique de ciment. Je plante la tente dans le parc des sports, après quelque demande d'autorisation très formelle et procédurale, plutôt comique pour un bled de 4000 habitants. En revenant des courses, un journaliste m'attend pour faire un papier sur moi dans le journal local. Jour après jour, je peaufine mes réponses, les questions étant généralement assez semblables... J'apprends qu'un autre cycliste est passé par ici à la même époque l'année précédente et a campé au même endroit, un Français, grand. Quelques jours plus tard, 200 kms plus loin, on m'en reparle. J'aimerais bien savoir de qui il s'agit. Dans cet entretien, j'apprends aussi d'où vient cette curieuse habitude de peindre le pied des arbres en blanc - nous avions vu ça au Mexique aussi. C'est pas pour faire joli, non. C'est en fait de la chaux, qui tue les parasites et maintient les arbres en bonne santé.

Los chicos de Libano

Je quitte Loma Negra préparé à une dure journée dans le vent. Il fait froid, j'enfile toutes mes épaisseurs, plie les gaules dans le vent et en route. Bonne surprise le vent vient aujourd'hui de l'est, je pédale vers le sud-ouest, donc... j'ai le vent dans le dos! Après 120 kms et 5h de vélo, je débarque à Libano, 350 habitants, village perdu au milieu de la Pampa. Je plante la tente dans un petit parc en face du "Supermercado" local. Des enfants du village viennent m'aider à monter la tente, m'assurent qu'ici je ne risque rien, que je suis en sécurité, me posent des tas de questions, essayent à tour de rôle mon vélo trop grand pour eux, en pouffant de rire. Puis ils m'emmênent au club de foot du village pour une douche, glacée. Au bout de 5 mns l'eau s'arrête de couler: retour au bar du club en serviette, couvert de savon pour demander de l'eau pour me rincer. Une bonne rigolade. On m'apporte un seau d'eau pour me rincer car il n'y a plus d'eau pour la douche. Les enfants m'emmênent faire un tour dans le village: on va voir leur école, ils me posent des questions sur l'école en France, on fait un saut au bar du village, puis ils m'accompagnent au supermercado pour m'aider a faire les courses et prennent soin de demander à mes interlocuteurs de parler lentement. De véritables anges gardiens. Au supermercado on m'offre le Mate, et des petits cubes de fromage et de chorizo à grignotter pendant qu'on papote.


Los chicos de Libano


Au réveil, les enfants m'attendent au sortir de la tente, m'aident à ranger. Je les quitte après une séance photo et la promesse de leur envoyer une photo quand elles seront développées.

Estancia El Mirador

Aujourd'hui je pédale contre le vent. Après quelques kilomètres et la première colline depuis une semaine, j'aperçois la silhouette de la Sierra Ventana dans la distance brumeuse. Après 90 kilomètres et 5h de vélo, j'arrive a l'Estancia El Mirador, perchée dans les collines de la sierra, chez mon nouvel ami Matias, un Argentin de famille finlandaise, rencontré quelques jours auparavant à Azul, et qui m'a invité à venir lui rendre visite.

Accueil chaleureux, j'inaugure leur nouvelle chambre d'ami, un châlet flambant neuf tout en bois avec salle de bain et grand baie vitrée donnant sur le parc. Soirée près de la cheminée, ici on mange de la viande. Matias nous prépare un asado de vache de la maison, nous buvons du vin et discutons en grignottant des tranches de chorizo et de morcilla. Demain, je reste à l'estancia pour visiter le domaine.

L'estancia El Mirador est une affaire de famille dont les 2 principales activités sont l'élevage de vaches pour la viande, et les céréales. La famille possède également à 100% une coopérative régionale qui achète la production céréalière des agriculteurs de la région. Toutes les ventes, viande et céréales, sont réalisées à l'export majoritairement vers l'Europe, et en US dollars. La crise argentine? Connaît pas. Au contraire, la dévaluation du Peso a augmenté leur pouvoir d'achat et diminué leurs coûts salariaux. Leur plus gros souci est la montée de l'insécurité, relativement faible hors des grandes villes. Si la situation s'aggrave, peut-être quitteront-ils le pays pour gérer leurs affaires de loin. La famille possède plusieurs autres terrains dans la Pampa.

Dans l'Estancia oú je suis invité, il y a 4 employés: un couple d'Ukrainiens parlant à peine l'espagnol, qui s'occupent d'entretenir la maison et le jardin, et 2 gauchos qui gèrent les troupeaux de vaches sur le campo voisin.

Le lendemain j'enfile un bleu de travail et une casquette, et nous voilà partis en quatri-cyclos pour quelques heures dans le domaine pour la boucle quotidienne - 3 jours sont nécessaires pour parcourir l'ensemble du domaine. Le domaine est magnifique, les paysages variés, on traverse des rivières, on passe dans les ronces, sous des bois, dans des herbes hautes de 2 mètres, sur des rochers, on suit des sentiers, on s'en égare, on foule le pasto gras de la Pampa, on gravit des collines parfois abruptes pour atteindre les sommets d'oú l'on peut observer la Pampa qui s'enfuit à l'horizon ou les sierras voisines qui se découpent dans le ciel. On croise des chevaux sauvages qui évoluent en groupe librement dans le domaine. Ils se vendent pour leur viande ou s'échangent contre des chevaux de selle. Les taureaux reniflent le cul des vaches, c'est la saison de la reproduction. Dans un bosquet à l'écart du troupeau, nous découvrons une vache morte. D'une morsure de serpent peut-être. La mort remonte à 2 ou 3 jours déjà, les pattes sont toutes rigides, le ventre gonflé comme une baudruche de part la fermentation. Quand on tape dessus, ca résonne comme un tambour. Encore quelques jours et la baudruche éclatera sous l'effet de la pression. Notre tour dure 3 heures, je m'amuse comme un petit fou. Vroum, vroum, vroum! Un peu comme les tours de mini-moto organisés par Jean-Yves Dublé dans les sentiers de Vendée, mais en beaucoup mieux (private joke, je m'excuse auprès des non-initiés).

A la tombée de la nuit, nous filons à l'autre campo, à quelques kms de là. Les sierras avoisinantes dessinent leurs contours dans la lumière du soleil couchant. Wow! Le campo est tenu par 2 gauchos employés par Matias, et qui y vivent avec leur famille, chacun a une extrémité. Nous croisons l'un des deux sur son cheval, de retour vers sa maison. Il descend d'une famille d'indiens Guarani. âgé de 31 ans, il ne sait ni lire, ni écrire, sait à peine compter, ne sait pas en quelle année nous sommes. Il n'a sûrement pas idée d'oú se trouve l'Europe ni même son pays sur une carte, il n'en est jamais sorti. Dans son métier, en revanche, il est le meilleur. Il sait monter à cheval, manie le lasso avec une dextérité remarquable. Son grand jeu est de courser les chevaux sauvages et de les mettre à terre. Il a peur en voiture, mais pas des taureaux. Il vit dans un autre monde que le mien. Qui est le plus heureux de nous deux?


Gaucho, Estancia El Mirador


L'autre gaucho est descendant d'un Russe d'origine allemande, émigré en Argentine. Nous entrons quelques instants dans sa maison, perdue au milieu des champs. Une salle à manger triste, une télé en noir et blanc grésillante, des murs marrons presques vides, au milieu de la pièce une table, à laquelle est accoudée une femme muette, visiblement domptée par son mari, et pour seule lumière une lampe à gaz qui projette dans la pièce une lumière blafarde et trop faible. Un peu lugubre. A l'extérieur de la maison, il y a un enclos avec des sangliers sauvages qu'ils engraissent pour les manger plus tard. On les croirait tout droit sortis d'une BD d'Axtérix.

Le jour suivant, je lève le camps, Matias m'offre les restes de la veille au soir pour pique-niquer sur la route: un énorme morceaux de côte de brebis et une morcilla. Echange d'adresses et je reprends la route.

Bahia Blanca

Après 125 kms et 5h de vélo en partie vent dans le dos, mon record depuis mon départ de Buenos Aires, j'arrive a Bahia Blanca, fin de ma traversée de la Pampa. Sur la route, les nombreux camionneurs que je croise me salue fraternellement de la main, des phares ou du klaxon, parfois les trois à la fois. Je les aime bien les camionneurs, jusqu'à présent ils m'ont plutôt épargné et la plupart ne manquent pas de me saluer.

Bahia Blanca, 280 000 habitants, une des grosses villes argentines. Quelques jours de repos pour les jambes et pour planifier la suite encore incertaine de mon parcours. Je m'attarde sur l'excellent site de Fred Ferchaux, compatriote cyclo dont le site est une mine d'or pour tout cyclo-touriste en recherche d'information. Après le calme de la Pampa, le retour à la vie urbaine contraste fortement. Le centre-ville est très commerçant, des hordes de filles sophistiquées parcourent les rues et lèchent les nombreuses vitrines de fringues et de cosmétiques. Il paraît que c'est à Bahia Blanca que l'on trouve les plus belles filles d'Argentine. L'info émanant d'un Bahiense, le sujet reste polémique, mais mes yeux veulent bien le croire.

Une fois la nuit tombée, une carriole tirée par un cheval se fraie un chemin au milieu des voitures. Conduite par un homme accompagné d'enfants qui ramassent toutes les poubelles sur leur passage. "C'est les éboueurs officiels, ça? - Non, ce sont des gens pauvres qui trient les poubelles et récupèrent ce qui peut l'être."

A l'office du tourisme, rencontre avec Martin Daniel Machado, passionné de triathlon, qui a flashé sur ma bicyclette. Nous allons boire une bière ensemble, et il m'invite le lendemain à déjeuner chez sa famille.

/// Peninsula Valdes (3, 4, 5, 6 Novembre)

Après renseignement, la Ruta 3, qui longe la côte atlantique de Bahia Blanca jusqu'à l'extrême sud du pays semble peu intéressante en vélo, venteuse, désertique, très peu peuplée, monotone, voire parfois délicate à gérer au niveau du ravitaillement. Constituant le seul axe routier qui relie la Patagonie au reste du pays, elle semble très fréquentée par les camions, pas forcément optimal pour un cyclo. Changement par rapport au plan initial qui était de rejoindre Ushuaïa par cette route, je me concocte un programme un peu différent.

A Bahia Blanca, je charge la bicyclette dans l'autobus pour descendre vers la Peninsula Valdez, à quelques 700 kms au sud de Bahia Blanca, sur la côte atlantique, en Patagonie. La Péninsule est réputée pour la richesse de sa faune aquatique et en particulier pour les baleines, qui viennent se reproduire à cette époque dans les eaux protégées de la Péninsule. Arrivée aux aurores dans un Puerto Madryn frisquet et ensoleillé.

Puerto Madryn, Trelew, Gaiman, Rawson: territoire colonisé dans les années 1860 par ces Gallois qui, fuyant la domination de l'Angleterre, vinrent s'installer avec l'accord du gouvernement argentin sur ces terres arides de Patagonie, afin de préserver et faire vivre leur identité culturelle. Ils furent 153 pionniers à venir tenter l'expérience en premier. Les premières années furent très dures pour eux, mais combien ont-elles dû être passionnantes!

De Puerto Madryn, direction Puerto Piramides à 100 kms de là, plus au nord, sur la Péninsule. Puerto Piramides, 350 habitants. Unique village de la Péninsule, il a eu son heure de gloire à l'époque oú la chasse aux loups de mer y était autorisée. Le village comptait alors 3000 habitants et était desservi par une ligne de chemin de fer désormais à l'abandon. Aujourd´hui les chasseurs sont partis et le village ne vit que du tourisme - et ça se voit! La première vision en arrivant à Puerto Piramides, c'est un amoncellement de bicoques proposant des tours en bateau pour voir les baleines, des restaurants et des hosterias affichant des prix parfois exorbitants. Je me pose au camping pour 3 Pesos + 1 pour la douche chaude, la mise est sauvée, Picsou respire.

Je suis "allé voir les baleines", oui ça vaut le coup d'oeil, on en a même vue une albinos, toute blanche. Mais on m'avait tellement rabâché les oreilles avec la beauté et la splendeur du lieu, que j'en ai presque été déçu. Du genre "Ah oui, la Peninsula Valdes, il faut absolument y aller, c'est magnifique, on peut approcher les baleines à 2 mètres! - Ah oui, vous y êtes allé? - Euh non, mais j'ai vu des photos et on m'a raconté..." 40 Pesos par tête pour 1h15 de bateau avec une vingtaine de personnes, familles, filmant et photographiant bêtement tout ce qui bouge et qui repartent aussi sec après - tout ça m'a gâché un peu le plaisir. Au diable les hordes grégaires de touristes inflationnistes! On me répondra qu'à défaut d'être authentique, ce tourisme fait marcher l'économie du pays qui en a bien besoin en ce moment. Oui, c'est vrai, le sujet est ambigu. C'est la gloire des tour-operators, du package, du tout-en-un. Le grand supermarché touristique. Buenos Aires, hop un coup de baleine, hop je file a Iguazu, puis je prends l'avion pour aller voir les glaciers, et rapidement je fais un tour à Ushuaïa pour voir à quoi ressemble le bout du monde. En 2 semaines j'ai vu l'Argentine, sans rien voir du tout.

Qu'importe, je passe quelques jours tranquilles sur la Péninsule. A l'ombre des tamaris du camping, je bouquine, paresse, cuisine ma tambouille en compagnie de Eusebiu, mon sympathique voisin allemand. Une journée nous faisons une expédition vélo dans la Péninsule, sur les routes caillouteuses. Pour le coup cette fois nous sommes bien seuls, au milieu d'un environnement désertique battu par les vents, peuplé de quelques troupeaux de moutons ou chevaux. Seul quelques vans remplis de touristes nous dépassent dans un nuage de poussière - pas de temps à perdre, certains vans font en une journée le tour de la Péninsule depuis Puerto Madryn, soit environ 500 kms, avec des pauses pour voir ici les baleines, là les éléphants de mer, là-bas les orques: à ce rythme là, on en a pour son argent et on peut vite foncer vers un autre spot. Direction la Salina Grande à 45kms dans les terres. Saline sublime, autrefois exploitée, située à 42 mètres sous le niveau de la mer, elle se présente comme un lac rose entouré de plages blanches - le sel qui progressivement poussé par le vent, se dépose, forme une sorte de mousse qui sèche et finalement durcit. On s'allonge pour lécher le sol, oui oui, c'est bien du sel. Casse-croûte derrière un bosquet à l'abris du vent, puis on repart en sens inverse pour une bataille de 45kms contre le vent, car cette fois nous avons le vent de face.


Salina Grande, Peninsula Valdes


De la Péninsule, je retourne à Puerto Madryn pour prendre le bus pour Esquel, a 700 kms vers l'ouest, au pied de la Cordillère des Andes, oú je prévois de reprendre le vélo. Tin tin tin.

/// La région des lacs (7 - 27 Novembre)

Esquel - Bariloche

Esquel, 09h00. Je déguste un Mate bien chaud et quelques facturas (viennoiseries) dans le jardinet du Hogar del Mochilero, oú j'ai planté la tente pour 3 Pesos, avec vue imprenable sur les montagnes avoisinantes et leurs sommets enneigés. Pour la petite histoire, le gérant administre ou a administré aussi plusieurs estancias appartenant à Florent Pagny. La ville est à 540 mètres d'altitude, au pied de la Cordillères des Andes. Il fait beau, mais attention il fait froid. Après une journée dans la ville et une nouvelle tentative échouée de mettre à jour notre site Internet, je remonte sur le vélo, direction Bariloche, 300 kms plus au nord, tout excité de reprendre la route dans un décor si nouveau. Hier la plage atlantique, aujourd'hui la Cordillère.


Parque Nacional Los Alerces


Quelques kms après Esquel, je pénètre dans le Parque Nacional Los Alerces. Premiers chemins caillouteux du voyage, ça monte et ça descend. Je longe des lacs, suit des rivières, zig-zague entre les montagnes andéennes. Magnifique. Pour la première fois en Argentine, je croise un couple de cyclo-touristes, 2 Toulousains forts sympathiques. Nous papotons 2 heures sur le bord du chemin. Ils descendent vers le sud pour passer au Chili et descendre la Carretera Austral, cette route mythique reliant Puerto Montt à l'extrémité sud du Chili - projet lancé dans les années 1970 sous le régime du Général Pinochet, encore non achevé à ce jour. La quarantaine, lassés de leur vie trop confortable en France, ils ont tout vendu et ont décidé de changer de vie pour profiter de leurs belles années en partant voyager, en vélo. Annie et Christian, bonne route!

2 jours de vélos pour traverser le parc, je campe dans la nature, boit l'eau des rivières et ne cesse de m'émerveiller devant le paysage qui m'entoure. Le deuxième jour, je quitte le Parque Nacional Los Alerces, retrouve l'asphalte et après quelques kilomètres, pose le camps à Epuyen près du gymnase, en compagnie de Gabriel, un cyclo uruguayen, rencontré à l'entrée du village. Annie et Christian m'en avait parlé pour l'avoir rencontré la veille, et j'avais repéré sa trace dans le sable, profonde et riche en zig-zags.


Gabriel


Gabriel, le fou à la bicyclette de 100 kgs, parti il y a 6 mois de Rio Gallegos en pleine Patagonie, en plein hiver, époque oú le thermomètre peut descendre à -30 oC pendant la nuit. Bicyclette bricolée, sans frein arrière, le frein avant fonctionnant à peine, pneu arrière troué, guidon branlant, impossible à manoeuvrer. Son chargement comprend entre autres: 2 bidons de 5 litres d'eau, une tente igloo pour 6 personnes, un butagaz de 2 kgs, 2 sacs de couchage enroulés à l'avant du guidon, une guitare, 3 planches bardées de petits bijoux fabriqués par lui-même pour se faire un peu d'argent, et 2 malles fabriquées ingénueusement avec des bidons d'essence et de la résine, pesant 8 kgs chacune. Une des malles est remplie de vêtements: pulls, gants de skis, anorak, pantalons thermiques, etc. L'autre contient entre autres des kilos de photos de ses voyages précédents, car il n'en est pas à son premier voyage: il a déjà traversé entre autres le désert au Pérou en vélo couché (avec parasol et stéréo intégrés). Une autre année, c'est sur un vélo à 3 roue style tandem qu'il a voyagé. Chaque année un voyage sur le continent américain, chaque année un nouveau vélo bricolé. 35 ans, Gabriel n'a pas un sous en poche, est maigre comme un clou, et n'a parfois même pas de quoi se payer à manger. Ajouter à cela qu'il fume comme un pompier. Il faut le voir pour le croire...

Nous passons la soirée ensemble devant la tente, buvons le Maté, cuisinons, j'écoute ses histoires et enregistre ses astuces de cyclo. Il essaye ma bicyclette et éclate de rire quand il réalise la facilité avec laquelle cette bicyclette se conduit. Normal, d'abord parce que mon vélo est une merveille de la technologie, la Rolls du cyclo (je réalise ma chance un peu plus chaque jour), et surtout elle pèse moitié moins. Pas étonnant que je l'ai rattrapé. De quoi relativiser la difficulté de mon périple. Toujours rester humble, il y a toujours plus aventurier que soi. Gabriel a des projets plein la tête, et entre autres d'être le premier homme à descendre les 3 plus grands fleuves du monde (Mississipi, Amazone, Nil) sur un pédalo à trois hélices de son invention. C'est qu'il serait capable de le faire, le con! Pour cela il lui manque le budget, alors vous, le mécène qui lisez ces lignes, voici un projet d'envergure que vous pourriez sponsoriser.

Arrêt quelques jours à El Bolson pour laisser passer la pluie et acheter quelques vêtements adaptés, car il fait froid. Je campe pour 3 Pesos au Campamento Ecologico, sous les branches d'un Sauce (SA-OU-Cé), cet arbre à partir duquel m'a-t'on dit se fabrique l'aspirine. On peut gratter l'écorce des petites branches et la boire en infusion, cela a paraît-il un effet décontractant. Je n'ai pas encore essayé.

Jusque là la pluie m'avait épargné, il fallait bien qu'elle revienne un jour. Après 2 ou 3 jours d'attente à El Bolson, je décide de repartir malgré tout, bravant le vent et la pluie. Le vent de face ne fait que ralentir, énerve tout au plus, mais si à cela s'ajoute la pluie, le vélo devient très vite un calvaire. Au bout de 25 kms de côte sous la pluie et dans le vent de face, je jette l'éponge et transi, après quelque hésitation, j'accepte l'offre d'un Pick-Up de m'avancer un peu, jusqu'au prochain camping. Finalement, et un peu contre mon gré (si si!), le Pick-Up me dépose à Bariloche, 80 kms plus loin.

Bariloche, charmante ville au bord du Lago Nahuel Huapi, fête ses 100 ans cette année. Destination très fréquentée par les touristes, point de départ pour de nombreuses excursions dans les montagnes et autour des lacs avoisinants. Un certain air de Suisse, commme tout le monde s'entend à le dire, avec ses châlets en bois, ses chocolateries, ses restaurants à fondue, ses coutelleries et même ses coucous. Et pour cause: Bariloche a été fondée en partie par des immigrants suisses. J'atterris dans le confort douillet et tranquille de l'Albergue Aire de Sur. Retour à la vie sous une douche bien bien chaude. Je resterai quelques jours ici, paressant, bouquinant plus que jamais.

A ce propos, je crains fort qu'à terme mon vélo ne se transforme en biblio-vélo, ma sacoche arrière gauche se remplissant inexorablement d'ouvrages plus alléchants les uns que les autres: l'Ile au Trésor, les aventures de François Varigas dans le Yukon, le Petit Prince en espagnol, le Tour du Monde en 80 jours, le Prince et le Pauvre de Mark Twain en espagnol. J'échange mes livres une fois lus, mais le nombre de livres en ma possession ne cesse d'augmenter malgré tout, si ce n'est le poids. Je viens d'acquérir contre mon guide de Yoga l'intégralité du Seigneur des Anneaux, les 3 tomes, 5kgs. L'occasion était trop belle, mais ça va sûrement se payer cher dans les côtes...

Bariloche - San Martin de Los Andes - Bariloche

Mon plan initial était de continuer vers le nord vers Villa la Angostura, à 80 kms de là, puis de passer au Chili pour ensuite redescendre vers le sud par la Carretera Austral à partir de Puerto Montt. Je garde ce plan en tête, mais une rencontre à l'auberge avec trois cyclos belges convaincants une fois me décide à faire auparavant une boucle d'une semaine par San Martin et la fameuse Ruta de los Siete Lagos, réputée pour ses paysages sublimes. Soit, j'irai donc voir de quoi il s'agit.


Robert


En revenant du pub du coin la veille au soir du départ, je raconte à Robert, un Allemand fort sympathique de passage aussi à l'auberge, mon projet de faire une boucle d'une semaine par San Martin. Le courant passe, le pacte est conclu autour d'une bière et d'un boggle dans la cuisine de l'auberge. Le lendemain il loue un VTT, charge son sac-à-dos sur le porte-bagage et nous voilà partis direction le Parque Nacional Nahuel Huapi pour une boucle de 350 kms, une semaine de vélo entre les lacs, les rivères et les montagnes.

Il y a du vent ce jour là, et ces maudits autocars à deux étages qui nous doublent sur la route du parc déplacent des montagnes d'air qui nous déstabilisent. Une bourrasque plus forte que les autres arrache mon drapeau français chéri au moment oú nous passons un pont. Mon petit drapeau me quitte par la voie des airs, vire-volte et atterrit finalement dans la rivière qui l'emporte au loin, sous le cri de compassion de Robert: "Noooooooooooooo!".

Après 60 kms dans un vent qui s'obstine à venir de face, nous nous arrêtons à la Parilla El Rincon de Creide pour nous protéger de la pluie et camper pour la nuit. Accueil chaleureux de Chicato le gérant. En fait de camper, il nous offre une chambre et un dîner (cordero grillé dans la cuisinière à bois, vin rouge et flan maison). Quelques pêcheurs sont venus de Neunquen pour passer le week-end ici et ouvrir la saison de la pêche. A la tombée de la nuit, on se rassemble autour du feu dans la grange, on discute en buvant le Mate. Le lendemain, lever 06h30, Chicato nous prépare un petit déjeuner à base de succulentes Tortas Fritas (pâte à pain frite) accompagnées d'un bon café au lait. Adieux chaleureux, moultes remerciements, nous reprenons la route sous le soleil matinal.


Anfiteatro, Parque Nacional Nahuel Huapi


Les jours suivants, nous pédalons au milieu de paysages absolument sensationnels, longeons les rivières gonflées d'eau, à droite et à gauche de la route au dessus de nous se dessinent des formations rocheuses toutes plus bizarres les unes que les autres, des couleurs fantastiques. Nombreux arrêts photos. Nous passons le Paso de Cordoba, montée longue et difficile, pentue et caillouteuse, mais le décor en vaut bien la chandelle. Arrivé au sommet, on a l'impression de l'avoir méritée, cette belle vue. Camping sauvage dans les endroits réservés, cuisine au feu de bois au bord des rivières, au calme.

Après trois jours nous rallions San Martin de Los Andes, dans la pluie et le vent, traversant le Parque Nacional Nahuel Huapi et le Parque Nacional Lanin. Transis, après une bonne journée de vélo, la tarte au citron accompagnée d'un bon thé brûlant s'avère être un must. Nous restons 2 jours à San Martin en attendant que la pluie cesse, il neige sur les sommets. San Martin, charmante petite ville au bord du lac, mais assez chère en raison de la fréquentation touristique. Nous repartons ensuite vers le sud, par la Ruta de los Siete Lagos, dont le décor est à la hauteur de sa réputation. Grand soleil pendant les trois jours de vélo pour retourner sur Bariloche. A noter que le dernier jour, à la faveur du vent dans le dos et d'une bonne descente, j'ai battu mon record de vitesse de pointe: 72 km/h, ça défrise les rouflaquettes.

Me voilà donc une nouvelle fois à Bariloche depuis quelques jours pour travailler sur notre site Internet, dont la mise à jour, comme certains d'entre vous ont pu le remarquer, s'est un peu fait attendre. Robert est déjà parti en direction de Buenos Aires. Je reprends la route vraisemblablement demain matin, prochaine destination: Puerto Montt, au Chili, puis direction le sud par la Carretera Austral, la Patagonie chilienne et argentine, et enfin Ushuaïa, Tierra del Fuego. Voilà dans les grandes lignes le programme des prochaines semaines. Celui-ci étant chargé, il est possible que je retarde mon vol pour la Nouvelle Zélande, initialement prévu pour le 16 décembre. Cette parti du continent sud-américain ne m'a pas encore conté tous ses trésors, alors j'y suis, j'y reste!

Merci pour les messages que j'ai reçus de certains d'entre vous, cela fait toujours autant plaisir d'avoir de vos nouvelles, qu'elles soient bonnes ou parfois malheureusement mauvaises, comme cette triste nouvelle qui m'est parvenue hier du décès d'un ami dans un accident de voiture près de Paris. Son enterrement à lieu aujourd'hui. Mes pensées vont à sa famille et à ses proches, qu'il repose en paix. Profitons de la vie tant qu'il nous en est donnée la chance.

Prenez soin de vous,
Sébastien

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