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WorldCycle (2002-2003)
De Paris à Paris, carnets de route d'un voyage d'un an autour du monde.

Chili.





Ushuaia, Fin del Mundo




Ushuaia, 27 décembre 2002

Ushuaia, partie argentine de la Terre de Feu, me voici arrivé au terme de mon épopée cyclo en Amérique du Sud. Dans quelques jours je retourne à Punta Arenas, passerai une dernière fois la frontière Chili-Argentine, en bus cette fois-ci, pour m'envoler vers de nouveaux horizons: la Nouvelle Zélande!

Ushuaia, coincée entre le canal Beagle et les sommets de la Précordillère des Andes qui plonge dans l'eau. Au détour d'un dernier virage, Ushuaia se découvre. "C'est çA, Ushuaia??!" Première vision: des entrepôts, des carcasses de voitures, des panneaux de signalisation taggés, des maisons en pré-fabriqué, et la ville qui s'étend à flanc de montagnes avec des allures de favellas qui me rappelle Rio de Janeiro. Je m'arrête sur un petit monticule d'où l'on aperçoit la ville, sous un angle loin d'être le meilleur. Dans mon grand cynisme, je prends la photo la plus moche possible. Pour me rappeler cette première vision.


Ushuaia, la ciudad


Ushuaia, "fin del mundo", "ciudad mas austral del mundo", la ville ne s'économise pas en matière de slogans marketeux vantant ce statut si prisé de "bout du monde", ce qu'elle vous martèle à grands coups de tracts, dépliants, tampons, t-shirts, pingouins en bois etc. Vous l'aurez compris, je ne marche pas dans la combine. Pour la simple raison qu'en face d'Ushuaia, sur l'Isla Navarino, de l'autre côté du canal Beagle et donc plus au sud, se trouve Puerto Williams, une autre ville. Seulement voilà, Puerto Williams est en territoire chilien, alors on l'oublie, on ne la voit pas. A chacun sa ville du bout du monde, le tourisme ne s'en porte que mieux. On ne trouve même pas de ligne régulière de bateau pour s'y rendre, il faut s'adresser aux embarcations privées. Petite gue-guerre mesquine, à l'image des relations diplomatiques entre le Chili et l'Argentine.

Reconnaissons tout de même qu'à Ushuaia, on est pas loin d'atteindre le bout du continent américain, ce qui peut éventuellement constituer quelque symbole pour nous pauvres hommes en quête de sens. A chacun d'en trouver la signification. J'ai croisé il y a quelques jours un Français qui venait ici dans une sorte de pèlerinage pour oublier un amour perdu. Très romantique, mais après tout pourquoi pas. Ushuaia, il faut l'aborder en poète, en scientifique, en explorateur, en photographe, en philosophe, et profiter de l'occasion pour se pencher de manière dubitative sur notre petite planète. En touriste cela manque terriblement de charme...

Avec le passage au Chili, l'aventure cyclo a pris un peu d'épaisseur et la routine s'installe. J'apprends aussi au gré des pépins et des rencontres à connaître mon vélo un peu mieux. Au compteur depuis Paris: un peu plus de 4000 kms. Et mes deux premières crevaisons du voyage.

// Region de los Lagos, CHILI
Osorno - Purto Octay - Ralún - Caleta Puelche - Caleta Arena - Puerto Montt
(27 Novembre - 03 Décembre, 415 kms)


Paso Puyehue


J'ai quitté l'Argentine depuis Villa la Angostura (80 kms au nord de Bariloche) et rejoint le Chili en traversant la Cordillère des Andes par le Paso Puyehue à 600m d'altitude. Un peu de neige en haut du col. Après le passage du col, la route descend vers le Chili et je slalome entre les tarentules, probablement attirées par la chaleur du bitume. De belles grosses araignées poilues ressemblant fortement à des mygales, mais inoffensives paraît-il. Je ne me hasarderai pas à les caresser.


Taràntula


Passage de la douane chilienne: pour se protéger contre la fièvre aphteuse, le Chili exerce un contrôle rigoureux aux frontières et interdit l'importation de tout produit frais. Je dois donc épuiser sur place mon (maigre) stock de fruits et légumes: carottes, pommes et un gros oignon qui finit à la poubelle. Je m'installe donc dans un coin et grignotte en bouquinant. A côté de moi, un couple d'Allemands voyageant en camping-car subit le même sort et doit avaler pêle-mêle un sac de tomates, deux carottes, un sachet de prunes, et 10 tranches de salami avant de pouvoir reprendre la route.

Osorno

Deuxième jour au Chili, 100 kms de route plate et droite pour rejoindre Osorno en fin de journée. Paysages qui me rappellent la Pampa, avec plus d'arbres. Et déjà je regrette amèrement l'Argentine, son hospitalité... et surtout ses prix! Arrivé tard à Osorno, je dois trouver une auberge pour passer la nuit. Les prix pratiqués sont le double de l'Argentine, et mes premiers contacts avec les Chiliens sont plutôt mauvais. L'auberge où je m'installe pour une nuit est tenu par un couple morbide de vieillards sans âge, aux visages livides et à l'oeil haineux et méfiant (rien que çà!). Chambre minuscule, douche glacée, petit-déjeuner frugal... pour la modique somme de 4500 Pesos, soit 45 FF. Au matin, ils me demandent des pièces de monnaie française pour leur collection. Bon prince, je leur offre toute la gamme des pièces, de 1 Euros à 1 Cent, ce qui n'a pour mérite de ne leur décrocher qu'un vague sourire. Je prends bien vite le large.

Lago Llanquihue

Armé du précieux Turistel, guide du Chili par les Chiliens, je me dirige vers le sud en faisant une grande boucle autour du Lago Llanquihue, 2ème plus grand lac du Chili, d'origine glaciaire, afin d'éviter la fameuse Panaméricaine, voie rapide qui traverse tout le continent américain depuis l'Alaska jusqu'à la Terre de Feu et descend directement vers Puerto Montt, capitale de la région. Certes mythique mais pas idéal à vélo.


Puerto Octay, un petit air de Bavière...


Arrêt à Puerto Octay, au bord du lac. On se croirait au bord du Lac de Constance, en pleine Bavière. Et pour cause, la région ayant été ouverte à la colonisation par le gouvernement chilien en 1852, de nombreux colons et explorateurs allemands sont venus s'y installer et ont bâti plusieurs villes tout autour du lac. La région fête d'ailleurs un peu partout le 150ème anniversaire de la colonisation. On sent ici fortement l'influence germanique, dans le style architectural, mais aussi même dans les mots empruntés à la langue allemande - ici on trouve des "Kuchen", spécialité sucrée de la région.


Volcan Osorno (2652 m)


Depuis Puerto Octay, je longe le lac vers le sud-est jusqu'à Ensenada puis poursuit vers Ralún, slalome au milieu de magnifiques volcans, puis longe l´Estuario de Reloncavi. Principalement des chemins de terre et de magnifiques paysages. La dernière partie de route entre Puelo et Caleta Puelche, nommée "Camino de Penetracion", a été ouverte l'été dernier, il y a à peine un an et permet de rejoindre la Carretera Austral qui passe par Caleta Puelche. La route est cependant aujourd´hui impraticable et nécessite de nombreuses retouches. Sur les 15 derniers kms, de nombreux éboulements interdisent la circulation à tout autre véhicule que le vélo ou à pied. ça tombe bien! Ce sont essentiellement les coulées d'eau et les nombreux ruisseaux qui ont fait s'écrouler des pans entiers de falaise ou affaisent la route. A un endroit un pont gît sous des blocs de pierre qui se sont écroulées.


Camino de penetracion Puelo - Caleta Puelche


// Carretera Austral, CHILI
Puerto Montt - Chaiten - Puerto Ibañez - Chile Chico
(04-14 Décembre, 570 kms)

Se déplacer sur la Carretera Austral demande une certaine logistique. La route par endroit s'arrête et il faut faire des sauts de puce en bateau. Ces sauts de puce participent à la dimension "aventure" de cet itinéraire. A Caleta Puelche, on rejoint la Carretera Austral. De là on peut partir vers le sud, mais il faut prendre le bateau à Hornopiren pour se rendre à Caleta Gonzalo, traversée qui n'est possible qu'en haute saison, soit janvier et février. Depuis Caleta Puelche, je prends donc un bac pour Caleta Arena de l'autre côté de l'estuaire et remonter vers Puerto Montt au nord par le tronçon initial de la Carretera Austral, d'où je prends un bateau de la compagnie TRANSMARCHILAY pour Chaiten. Cette fois-ci, j'y suis, en route vers le sud sur la Carretera Austral!

La Carretera Austral (dont le nom officiel est "Camino Longitudinal Austral") relie Puerto Montt au sud du pays en longeant la Cordillère des Andes sur plus de 1000 kms. Sa construction commenca en 1976 sous Pinochet, et la route s'étend aujourd'hui jusqu'à Villa O'Higgins d'où l'on peut continuer vers le sud en traversant la Laguna de Desierto pour passer en Argentine au niveau de El Chaltén au nord du Parque Nacional Los Glaciares. La route est essentiellement de terre, seules quelques parties etant bitumées. Cependant le bitume avance vite et d'une année sur l'autre les cartes routières ne sont plus à jour. D'ici quelques années, la Carretera Austral sera sûrement entièrement bitumée, rendant l'accès plus facile mais lui emputant peut-être une partie de son charme...

Montagnes russes

La route traverse en montagnes russes de nombreux parcs naturels: forêts, montagnes et glaciers, volcans, lacs et vallées glaciaires, rivières, sources d'eau chaude, cascades. Le paysage est plus vert de ce côté-ci des Andes. Le vent qui souffle constamment du Pacifique porte des nuages chargés d'humidité. A leur contact avec les sommets de la Cordillère des Andes, les nuages se déchargent de leur humidité sous forme de pluie du côté chilien et les vents continuent vers l'Argentine, secs et froids. Le côté chilien est aussi plus habité que le côté argentin, et l'on trouve assez régulièrement de petits Autoservicios (superettes, au grand maximum 100 kms séparent deux points de ravitaillement), la logistique alimentaire n'est donc pas insurmontable et l'omniprésence des rivières évite d'avoir à transporter de grandes quantités d'eau. La route offre aussi de nombreux spots sympathiques pour camper à la sauvage. Souvent je prépare un petit feu près de la tente pour me faire ma cuisine et boire mon petit Cognac chaud du soir. A l'occasion, je fais ma lessive, ma vaisselle et me lave dans la rivière. Wow, j'adore.

Le paysage est donc magnifique, mais il se mérite à durs coups de pédale! Je fais des journées de 70 kms environ, parfois plus, parfois moins. Certains jours sont assez durs physiquement. Ces jours-là je ne rêve que du confort douillet de ma tente le soir venu, blotti dans mon sac de couchage, éclairé à la lueur de la bougie avec un bon bouquin! Sur les 600 kms parcourus, environ 150 sont bitumés, le reste étant de la piste de terre en plus ou moins bon état. Parfois la route est sableuse ou jonchée de gros cailloux qui rendent l'avancée difficile, surtout dans les montées, nombreuses et ardues. A peine gravie une côte qu'il faut la redescendre, et déjà remonter. Quand un véhicule passe devant vous sans prendre le soin de ralentir, il vous projette un bon gros nuage de poussière qui se dépose sur les vêtements et se mélange à la sueur pour former une bonne couche de crasse. Quand il pleut, ce qui arrive dans ce pays, cet inconvénient m'est épargné pour un autre: les roues collent à la route.

Rencontres australes

La Carretera Austral semble être une destination de prédilection pour les cyclos - et ça se comprend. Beaucoup descendent vers le sud en direction d'Ushuaia, d'autres remontent vers le nord. Toujours est-il qu'on est forcé à un moment ou à un autre de croiser un cyclo, car à cette latitude, les routes ne sont pas si nombreuses sur le continent. En gros il y en a trois: au Chili la Carretera Austral, en Argentine la Ruta 40 longeant les Andes et la Ruta 3 longeant la côte atlantique. Les deux dernières sont constamment exposées aux vents, tandis que la Carretera Austral en est plus protégée. Toutes les trois convergent comme dans un entonnoir vers une même destination finale: USHUAIA. Et donc plus on descend vers le sud, plus on a de chance de voir des cyclos.

Donc j'ai rencontré des cyclos. Depuis Esquel jusqu'à Ushuaia: trois Belges, un Suisse, deux Français, un Uruguayen, un Anglais, un Espagnol, un Canadien, une Autralienne, 2 couples de Suisses, un Japonais et deux Allemands. La plupart sur la route, mais parfois dans une auberge. C'est toujours sympa de voir se dessiner à l'horizon le profil d'un vélo aux formes bien prononcées... Toujours on s'arrête pour papoter un peu, et l'on s'échange parfois quelques petits trucs. Ce que j'apprécie, car j'ai à peu près tout à apprendre sur mon vélo.

Anthony, cyclo Anglais vivant en Finlande, extrêmement sympathique de surcroît, descend depuis La Paz en Bolivie jusqu'à Ushuaia. J'entame avec lui sur la Carretera Austral un chassé-croisé de plusieurs jours. Un soir nous campons ensemble au pied du Ventisquero Colgante, où il me dévoile quelques-uns de ses talents de chef cuisto. Il transporte avec lui une boîte au trésor remplie d'épices et de fruits secs qu'il saupoudre savamment sur son Chicken Curry sans poulet. J'apprends également les secrets du Macaroni Pudding, variante à base de pâtes du Rice Pudding. Tout simplement excellent, et facile à préparer. On peut varier les combinaisons à l'infini en mélangeant céréales, fruits, confiture, épices. Oserais-je vous l'avouer, j'ai même expérimenté le Polenta Pudding, et ça marche! Avec Antho, j'ai aussi compris qu'on peut accomplir énormément plus de choses (entre autre des kilomètres) en se levant de bonne heure, ce qu'à présent je n'ai réussi que très sporadiquement. Peut-être un changement majeur dans ma vie? Merci Antho pour tous ces précieux conseils!

Un peu plus loin sur la route, j'ai croisé un cyclo canadien qui m'a fait forte impression. Parti de Rio de Janeiro tout comme moi, il a descendu TOUT le continent jusqu'à Ushuaia, passant par la fameuse Ruta 3 si déserte, venteuse et monotone. Il remonte maintenant jusqu'au... Canada. Durée du voyage: 2 ans. Et le voici sur les dures pistes de la Carretera Autral, tirant sa carriole, chevauchant son vélo de course aux roues trop fines pour ce type de voyage et dont les rayons, m'explique-t'il, pètent régulièrement chaque jour depuis plusieurs mois... Comme quoi tout est possible, mais au prix de quels efforts? Cela me rappelle Gabriel l'Uruguayen. Il faut certainement avoir quelque chose d'essentiel à se prouver pour aimer se mettre autant de bâtons dans les roues.


Lupinos, Valle del Rio Simpson


Lupinos

Un peu avant Villa Mañihuales, on retrouve le bitume et le paysage change. On quitte les montagnes russes pour trouver une route plus plate, bordée de larges champs ou paissent des vaches, descendre une large vallée, en remonter une autre au milieu de ces magnifiques fleurs au doux parfum: des fleurs à petites clochettes de couleurs bleue, blanche, rose, jaune, orange, parfois bicolores. LUPINOS en espagnol. Sur des dizaines de kilomètres, les champs alentours et les flancs des montagnes sont jonchés des restes d'arbres morts et de troncs calcinés. Il y a un demi-siècle de cela, la région et toute sa forêt vierge ont été volontairement incendiées par les colons qui souhaitaient s'y installer. Depuis la Nature a repris le dessus, les arbres ont repoussé, des villes ou villages ont été bâtis, et la terre est exploitée. Sous cet éclairage historique, le spectacle n'en est que plus imposant.


Carretera Austral, Cerro Las Torres


Récit d'une chute

J'arrive à Coihaique sale et fourbu, après 865 kms et 14 jours de vélo sans interruption depuis mon départ de Bariloche en Argentine. Après une journée de pause, je repars vers le sud. En fin de journée, au km 98, après une belle journée à travers la Reserva Nacional Cerro Castillo, pfffffff, première crevaison du voyage, pas de dégât, j'arrive à m'arrêter tant bien que mal. Juste devant une ferme, où je demande à camper pour la nuit pour réparer mon vélo. La vie est d'une simplicité! Inspection de la chambre à air: 2 trous, que je colmate avec mes rustines toutes neuves.


Cerro Bandera, reserva Nacional Cerro Castillo



Cuesto el Diablo, Rio Ibañez


Je repars le lendemain en direction de Puerto Ibañez pour traverser en bateau le Lago General Carrera (le plus grand lac du Chili) vers Chile Chico. Le bateau est à 9h00, il me reste 30 kms à faire. Je tente un réveil complètement foiré à 5h00, ouvre un oeil au monde à 6h00 et le referme. Lever 7h30, départ 8h40, j'ai râté mon bateau, tant pis, ce sera pour demain. Au km 18, dans une descente caillouteuse, mon pneu est à nouveau victime d'une crevaison, mais cette fois-ci, à la vitesse où je vais et avec le poids des mes sacoches avant, ça ne pardonne pas. Le temps de réaliser, il est déjà trop tard pour freiner, je perds le contrôle du véhicule, roule misérablement quelques mètres douloureux sur la jante et quitte le vélo par la voie des airs en un plongeon terrible et magnifique. Aie. A cet instant, les choses vont au ralenti dans ma tête, je me revois plongeant, me disant "cette fois-ci c'est pour toi mon coco". Une bonne frayeur au moment où je touche le sol. Dans quel état vais-je donc me relever? Je plonge, donc, atterris avec fracas sur le sol qui me rape tout le côté droit commme un fromage. Crrrrrrrrrrrrrrr. Mon épaule creuse une belle petite trainée dans le gravier. Aiiiiiiiiie. Je me relève chancelant, le souffle court, vais m'asseoir sur le bord de la route, m'allonge car je crains de tomber dans les pommes. Si une voiture était passée à cet instant, ils m'auraient cru mort. Un coup d'oeil à la bicyclette, je me relève spontanément pour la tirer sur le bord du chemin et me rassieds pour reprendre mon souffle. Je tremble, sûrement autant de peur que de douleur. J'ai mal au bras. Inspection des dégâts: la tête semble aller, les membres bougent normalement. Apparemment rien de cassé, mais j'ai des fourmis dans les jambes et mon bras me brûle. La cuisse droite est râpée, mon short cycliste aussi, ainsi que la hanche, l'avant-bras et l'épaule droits qui commencent à saigner. Plus la main gauche qui a reçu un sale coup et commence à enfler. Je sors ma trousse de secours pour vite enlever le sable et désinfecter les plaies. Ah merde, ma trousse déborde de bandes de gaz spécial grand brûlé (mais pourquoi Sallie m'a-t'elle refilé ça??), mais je n'ai pas de coton, ni de compresse, ni de sparadrap que j'avais pourtant au départ (mais pourquoi Sallie ne m'a-t'elle pas rendu ça??). Tant pis, mon gant de toilette tout crasseux fera l'affaire. Je reste un bon 1/4 d'heure sonné sur le bord de la route, laisse passer une voiture sans trop réaliser. Je sors mes victuailles car j'ai faim (?). Quand passe une deuxième voiture après 10 mns, je me lève et fait de grands signes. Je suis visiblement encore sous le choc, car je manque d'éclater en sanglot quand je demande au chauffeur s'il peut me conduire à Puerto Ibañez avec mon vélo, 15 kms plus loin. Il me conduit à la POSTA (poste de secours) ou une gentille infirmière panse mes plaies.

Finalement je m'en sors bien, sans fracture aucune. Les plaies sont superficielles et je m'en sors avec quelques gros hématomes et de bonnes grosses croûtes sur le bras. Mais j'ai eu une sacré frousse. Inspection de la chambre à air: 5 trous! Un trou ovale et 4 entailles sûrement cisaillées par la jante avant la chute. Les 2 rustines d'hier semblent avoir tenu le coup. Dans le pneu j'ai retrouvé une quantité de petits cailloux que je n'avais pas vus hier et qui sont peut-être à l'origine de la crevaison. Pas de souci, la prochaine fois je vérifierai.

Morale de l'histoire: finie la griserie des descentes et les records de vitesse, dorénavant je garde les mains sur les freins et reste vigilant avec les pneux. Quant au port du casque, il paraît qu'il est obligatoire en Nouvelle-Zélande - tant mieux, je n'aurai donc pas à me poser de question.

Chile Chico, la Gomeria

Le lendemain je traverse le lac pour rejoindre Chile Chico, de l'autre côté du lac, à quelques kms de la frontière avec l'Argentine. Poussant mon vélo avec une roue avant crevée, car ma chambre à air de rechange... a une valve trop grosse. Erreur de bleu, encore un truc que saurai pour la prochaine fois. Je passe une bonne partie de la journée dans une Gomeria du village. Ils n'ont pas le type de chambre à air dont j'ai besoin mais m'en bricolent une avec la valve de mon ancienne chambre à air qu'ils collent sur ma chambre à air de rechange. Il fallait y penser. Après quelques tentatives infructueuses, j'ai une chambre à air toute neuve sans trou. Sauvé! Je reprends la route dans l'après-midi après avoir trinqué une bière avec mes nouveaux amis. Direction Los Antiguos, Argentine.


Gomeria, Chile Chico


les CHIENS (et leur maître)

Sur ma route à Los Antiguos, en pleine nature, je me fais courser pour la n-ième fois par deux chiens stupides et enragés. Mes mollets de cycliste semblent les exciter particulièrement. Ils me coursent sur 100 m, je passe devant leurs maîtres, toute une famillle impuissante à les rappeler. Je dois pédaler, garder le cap dans le gravier, et m'escrime en même temps à les repousser du pied dès qu'ils s'approchent trop près. Gagné, j'en ai touché un à la machoire, mais l'idiot continue sa course. Les fourbes, ils sont deux, un de chaque côté de ma bicyclette. Course folle qui se termine les deux pieds dans la gadoue, le chemin était barré d'une grande flaque et a arrêté le vélo. Je m'attendais à me faire dévorer, mais non, les chiens rebroussent subitement chemin, sûrement très fiers de leur boulot. D'habitude je continue ma course, souvent en rigolant de la bêtise de ces chiens. Cette fois-ci je m'autorise un petit extra qui défoule, je sors de la gadoue, me retourne vers les maîtres, lève un majeur rageur à leur attention, enchaîne avec un beau bras d'honneur ample et sec, et repars tranquillement à vélo, soulagé.

Moralité de l'histoire: quand un chien te poursuit, plus tu cours, plus il courra. Mieux vaut donc plutôt s'arrêter, le regarder droit dans les yeux en lui signifiant "je n'ai pas peur" puis repartir tranquillement. Je vous raconterai quand j'aurai essayeé

// Patagonie, CHILI/ARG
Los Antiguos - Perito Moreno - Rio Gallegos - El Calafate - Puerto Natales - Punta Arenas
(14-18 Décembre)

Après le passage de la frontière, j'arrive à Los Antiguos et retrouve avec grand plaisir l'Argentine. Dès la sortie du village, le paysage change pour reprendre des allures de steppe patagonienne: plat, sec et venteux. En Patagonie, le vent vient toujours de l'ouest, du Pacifique. Parfois nord-ouest, parfois sud-ouest. Et donc je pédale à bonne allure le long du Lago Argentino avec le vent dans le dos pour rejoindre Perito Moreno. Le Lago Buenos Aires est la partie argentine du Lago General Carrera, Chiliens et Argentins n'ayant visiblement par réussi à se mettre d'accord sur un nom commun: encore une de ces nombreuses petites gue-guerres mesquines entre ces deux voisins.

Vu sous cet angle, on comprend mieux pourquoi l'explorateur Perito Moreno semble si populaire en Patagonie argentine qu'il a laissé son nom rien moins qu'à une ville, un parc national (Parque Nacional Perito Moreno) et un glacier (Ventisquero Perito Moreno). En 1898, Perito Moreno remit en cause la théorie frontalière chilienne du "divortum aquarum continental" (selon laquelle les sources de rivières se jetant dans le Pacifique devraient être en territoire chilien) en détournant le Rio Fénix, qui traverse la ville, vers le Rio Deseado qui se jette dans l'Atlantique. La rivière et la zone restèrent en Argentine et la ville prit son nom.

A Perito Moreno, je descend du vélo pour quelques jours afin d'accélérer ma descente vers le sud, en bus. Je reprendrai le vélo en Terre de Feu, à plus de 1000 kms de là. Je prévoyais de rejoindre El Calafate en bus par la fameuse Ruta 40, route de terre et de cailloux qui traverse la steppe patagonienne du nord au sud, mais les connexions étant onéreuses et peu fréquentes, je me décide finalement à prendre une ligne régulière qui passe par la Ruta 3 et Rio Gallegos... sur la côte atlantique. Soit une étrange boucle de 1200 kms au lieu de 620 kms par la Ruta 40.

12h de bus pour rejoindre Rio Gallegos, battue par les vents d'ouest. Courte pause dans la ville avant de changer de bus, je vais faire un tour en ville. 10 mns vent dans le dos pour aller en centre ville, où je me gave de succulentes facturas (viennoiseries) en regardant la mer, 20 mns pour revenir avec le vent de face. 4h de bus pour rejoindre El Calafate. On n'apprécie jamais autant les choses que lorsqu'on en a été privé: après tous ces kilomètres à vélo, je me délecte de voir défiler le paysage à toute allure, bien calé dans mon siège. Je bouquine, grignotte, admire la désolation patagonienne, et déjà nous sommes arrivés.

El Calafate, Ventisquero Perito Moreno

El Calafate, la ville. Tire son nom des buissons de Calafate (myrtilles) qui couvrent toute la zone autour de la ville. Et les boutiques de la rue principale ne se privent pas de vous le rappeler. El Calafate, tranquille ville de Patagonie littéralement envahie par des flots de touristes qui viennent tous avec une seule et même idée en tête: voir le Glacier Perito Moreno. Classé au patrimoine mondial de l'Unesco (United Nations Educational Scientific and Cultural Organization), le glacier est situé à environ 80 kms au nord-ouest de la ville, et constitue l'attraction numéro 1 du Parque Nacional Los Glaciares - et même une des sites les plus touristiques d'Argentine, avec les chutes d'Iguazu.

Je me rends au glacier dans un de ces petits vans remplis de touristes, qui me rappelle les pubs pour Orangina Rouge ("Mais pourquoi est-il si méchant?? - Parce queeeeeeeeeeeeeuh!!!"). Jorge notre guide nous raconte qu'il travaille depuis plus de 20 ans avec le tourisme à El Calafate et qu'il a vu le glacier des milliers de fois - et pourtant c'est toujours le même frisson quand il se découvre à ses yeux. Jorge sait ménager le suspense et ponctue son intéressant discours de touches d'humour et d'intermèdes musicaux appropriés. Il nous fait découvrir la faune et la flore de la région, nous roulons à travers la steppe, les couleurs et la luminosité sont splendides. Devant nous les sommets enneigés de la Cordillère.

En chemin vers le glacier nous traversons l'estancia Anita, l'une des plus grandes de la Patagonie en superficie et nombre de têtes de bétail. La plus grande estancia de Patagonie, l'estancia El Cóndor, se situe au sud de Rio Gallegos et appartient à un (riche) Italien: Luciano Benetton (65 000 moutons).

Il nous raconte le massacre de plus de 1500 gauchos par l'armée argentine, lorsqu'en 1920-21 ils se rebellèrent contre les propriétaires terriens anglais pour réclamer l'améliortion de leurs conditions de vie trop dures. Ce massacre de triste mémoire est aujourd´hui connu sous le nom de Patagonia Trágica.


Patagonia...


Cette excursion au glacier est l'occasion pour Jorge de nous sensibiliser à deux des grands problèmes de la planète Terre aujourd´hui: la diminution des réserves d'eau douce et la réduction de la couche d'ozone. A ce sujet, 2003 a été déclarée "Année Internationale de l'Eau Douce" par l'Unesco et les Nations Unies. Voir aussi le Portail de l'Eau de l'Unesco. Le portail de Greenpeace sur les problèmes concernant la couche d'Ozone: Greenpeace Ozone Campaign.


Ventisquero Perito Moreno, Argentina


Finalement nous arrivons au pied du glacier, et passons une bonne partie de la journée à l'admirer sous tous les angles. Le glacier offre un spectacle imposant, autant visuel que sonore. Il s'étend sur 14 kms de profondeur, et le mur de glace qui nous fait face est haut de plus de 40 m, 60 m à certains endroits. Poussé par le poids de la neige qui s'accumule et se transforme en glace, le glacier avance lentement vers le lac dans lequel s'effondrent dans un grand fracas des pans entiers de la muraille de glace. Tellement immense qu'on se rend difficilement compte de l'ampleur de la chose - les formidables craquements, bruits de tonerre et les vagues produites par les blocs de glace sont là pour en témoigner.

De El Calafate, je reprends le bus. 6h de trajet pour rallier Puerto Natales. Nous roulons sur la Ruta 40, essentiellement de la route de terre et de cailloux. Magnifique paysage de steppe. Nous doublons trois cyclos qui en bavent dans une côte, et le chauffeur ne daigne même pas ralentir pour leuréviter les nuages de poussière, le con. Progressivement, les arbres font leur réapparition, de ces petits arbres secs mi-gris mi-verts, déformés par les vents et mangés par le lichen. Gris du bois mort, et vert des feuilles. En fond ciel sombre dont la luminosité confère une dimension étrange et majestueuse au paysage. Après la pluie, un grand arc-en-ciel forme un pont au dessus de la steppe. Wow.

Nouveau passage de frontière, me revoici au Chili. Rapide transfert à Puerto Natales, 3h de bus pour arriver à Punta Arenas. Fondée en 1848 à la frontière entre la Précordillère des Andes et le début de la steppe patagonienne, la ville fut pendant longtemps un lieu de relégation pour militaires et délinquants. La ville connût son expansion quand l'Etat chilien décida de lui ôter son statut d'enclave pénale en développant l'agriculture et l'élevage ovin.

Demain je remonte sur le vélo, direction Ushuaia, Tierra del Fuego.

// Tierra del Fuego, CHILI/ARG
Porvenir - Rio Grande - Ushuaia
(19-30 Décembre, 470 kms)

22h00, après m'être rassasié, je ferme la tente. Dernière image avant de prendre congé: coucher de soleil à l'horizon, trois chevaux passent en galopant à 30m de moi dans le champs en face. Prestige du camping sauvage sur la Terre de Feu!

Ce matin j'ai pris le bateau à Punta Arenas pour me rendre à Porvenir, de l'autre côté du fameux Estrecho de Magallanes (Détroit de Magellan). En 1520, au cours d'une expédition pour la couronne espagnole, qui cherchait une route pour rejoindre l'archipel d'Indonésie, Hernando de Magallanes, navigateur portuguais, découvrit ce passage reliant l'Atlantique à l'autre océan qu'il nomma Pacifique. Il découvrit également ce qu'il baptisera la Terre de Feu, pour les grands feux allumés sur les côtes par les tribus natives Selk´nam.

Arrivée à Porvenir dans le vent, qui souffle comme d'habitude de l'ouest. Très bon pour moi qui pédale plein est. Les 50 premiers kms, je traverse une zone montagneuse, le Cordon Baquedano, qui fut le théâtre d'une Ruée vers l'Or à la fin du XIXème siècle. L'exploitation aurifère connût un bref essor avant de s'éteindre vers 1910 car peu rentable. Aujourd´hui subsistent encore quelques chercheurs d'or, et le paysage est parsemé aux abords des rivières de ces petites cahutes de tôles aux toits couvert d'herbe (pour l'isolation), qu'ils habitent principalement en été. La Terre de Feu est également riche d'un autre type d'or, noir celui-là: le pétrole. Le long de la route, on aperçoit régulièrement ces énormes foreuses en forme de marteaux géants qui pilonnent le sol et puise le précieux hydrocarbure.


Tierra del Fuego, Chile


Après les montagnes je retrouve le plat intégral sur des dizaines et mêmes centaines de kilomètres. Avec le vent dans le dos, j'avance à vive allure, parfois 26 ou 27 km/h de moyenne pendant plusieurs heures, et je connais la griserie de la vitesse sur plat. En chemin je rencontre quelques cyclos qui pédalent dans l'autre sens, et vivent le calvaire des 5 à 7 km/h de moyenne. Parfois ça va plus vite en marchant...


Tierra del Fuego, Chile


Après 150 kms, je repasse la frontière pour me retrouver une nouvelle en Argentine. Deux nouveaux tampons sur mon passeport. Depuis Bariloche, j'ai passé 4 fois la frontière entre le Chili et l'Argentine, soit 8 tampons sur mon passeport.


Tierra del Fuego, Argentina


100 kms avant Ushuaia, j'aperçois au loin un marcheur, chargé d'un bon gros sac-à-dos et équipé de bâtons de marche. Le premier que je croise, et pas n'importe lequel. Ian, américain, est parti à pied il y a quelques jours de Isla Navarro au sud d'Ushuaia et marche vers le nord. Le projet? Tout simplement rentrer chez lui... en 4 ans... à pied. Il m'explique qu'il a déjà fait pas mal de voyages cyclos, mais qu'il faut un autre état d'esprit pour marcher. Un certain mental pour se faire à la lenteur. Oui, je me doute qu'il faut un sacré mental pour se préparer à faire en 4 ans ce que n'importe quel badaud fera en 8h d'avion...

Le 22 décembre, j'arrive enfin à Ushuaia après 470 kms et 4 jours de vélo. Soit une moyenne de 115 kms par jour. Je ne suis pas mécontent de ma performance - chacun a les satisfactions qu'il souhaite... Mon avion partant de Punta Arenas le 30, j'ai donc une bonne semaine à passer tranquille à Ushuaia, que j'emploie à ne faire absolument RIEN d'autre que manger, dormir, avoir quelques conversations avec les gens de l'auberge où je pose le camps (la Violeta de la Montaña), et taper le récit de mes aventures pour la prochaine mise à jour du site. Rendez-vous compte, il n'est même pas aller voir les pingouins?!

Les Israéliens

Quand on voyage en Amérique du Sud, les Israéliens font presque partie du paysage, tellement ils sont partout, dans les auberges, dans les bus, dans les vans touristiques, dans les parcs nationaux, sur les routes et dans les sentiers perdus de la Patagonie. Arrivé au terme de mon séjour sur le continent, il fallait bien que j'écrive quelques lignes à leur sujet.

L'auberge où je me suis installé est littéralement envahie par les Israéliens, ce qui en soit n'est pas un problème, au contraire. Cela signifie généralement que vous avez trouvé l'auberge la plus économique de la ville. Cela me convient bien, et c'est peut-être pour ça que j'en rencontre autant! Un jour que je demandais à un passant où se trouvait l'auberge la moins chère de la ville, on m'a même demandé si je n'étais pas Israélien. J'ai pris ça pour un compliment. Une bonne douzaine d'entre eux tiennent la permanence à l'auberge, semblent se relayer car ce n'est pas toujours les mêmes, mais au fond à la fin on ne fait plus vraiment la différence. L'ennui est que quand ils investissent un lieu, c'est toujours en groupe (car apparemment ils se passent le message pour se retrouver tous dans les mêmes auberges), fermé de surcroît, et toujours de manière extrêmement bruyante. Si bien qu'on a presque l'impression d'habiter chez eux et d'être complètement invisible. Ainsi cela ne les dérangera pas d'étaler leurs affaires partout dans le dortoir, voire dans les couloirs, de faire leur sac à 2h du matin car ils partent le lendemain, de brailler dans la cuisine jusu'au milieu de la nuit, d'ouvrir et de fermer les portes avec fracas, de vous réveiller à 8h00 du matin car ils discutent à voie toujours très haute dans leur langue aux sonorités barbares, sans se soucier de votre présence.

Quand par hasard vous engagez la conversation, vous pouvez être à peu près sûr qu'au bout de 2 mns elle tournera autour d'Israel, de son peuple persécuté par les Palestiniens ou du judaïsme, au choix. On vous rappellera aussi rapidement que Dieu était juif, ce dont je me fous royalement. De manière générale, quel que soit le sujet, vous apprendrez souvent qu'il y a la même chose en mieux en Israel. Car il semble bien qu'Israel soit le centre du monde, et le monde une vaste station balnéaire où il fait bon se promener soit pour répandre la bonne parole, soit pour échapper à la réalitè guerrière de leur pays (trois ans de service militaire pour les hommes, deux pour les femmes). Vraisemblablement les deux à la fois. Si vous avez le malheur d'être Français, vous apprendrez avec déception que la France n'est pour eux que ce pays peuplé de gens qui maîtrisent très mal les langues étrangères. Généralement leur connaissance du pays s'arrêtera là.

Voilà, je suis un peu choqué par leur constant manque de respect. Evidemment, il faut toujours éviter les généralisations hâtives, bla bla bla, et j'ai fait quelques belles rencontres avec des Israéliens au cours mes 4 mois en Amérique du Sud, mais elles sont bien maigres face au nombre d'Israéliens envahissants et si peu curieux des autres que j'ai pu croiser. Maintenant, ce jugement sévère n'est sûrement dû qu'à un grand malentendu, n'empêche qu'à ce jour je ne les porte malheureusement pas dans mon coeur. Et je me demande bien avec quoi on leur bourre la tête dans leur pays.

Navidad 2002

Cette année je passe donc Noël en Terre de Feu, loin des miens. La soirée du 24 fût très gaie. Puisque les Israéliens ne fêtent pas Noël et de toute façon ne se mélangent pas avec nous, les quelques Européens que nous sommes, venant d'un continent et voyageant sur un autre tous deux de tradition chrétienne, avons organisé pour le 24 décembre un repas simple mais convivial, un asado, histoire de se mettre au diapason avec les traditions du pays qui nous reçoit. Et donc j'ai passé Noël au sein d'une plaisante mini-société européenne: une Belge flamande, un Anglais et un couple de cyclos Allemands de l'Est (partis depuis un an et demi, pour 5 ans, et déjà 15 000 kms au compteur!).

En fin de soirée, un peu avant minuit, Suzanna notre hôte, catholique très pratiquante, nous a tous réunis, Européens et Israéliens, les Juifs et les Chrétiens (ou plutôt nous autres venant de pays de tradition chrétienne, car je ne me considère pas vraiment chrétien), autour d'une belle table couverte de gâteaux, nougât, bonbons, pan de pascua et de cidre, et nous a lu, émue aux larmes, un passage de la Bible, en espagnol et en anglais. Une sorte de réconciliation pour le jour de Noël. Très émouvant.

Nous terminons la soirée par une ballade dans les rues d'Ushuaia en fête, et le long du canal Beagle. Il est 3h, et le jour se lève à l'horizon. Ushuaia de nuit est incomparablement plus jolie que de jour. Nous regardons un petit paquebot éclairé de mille lumières entrer dans le port. Et en cette nuit de Noël nous pensons à nos familles en Europe qui vont bientôt se réveiller, quand nous sommes prêts d'aller nous coucher. Passage de flambeau.

Voilà les nouvelles du front sud-américain. Dans 3 jours je m'envole vers la Nouvelle-Zélande, où de nouvelles aventures m'attendent. Prochaine mise à jour chez les Kiwis.

Je vous souhaite à tous une heureuse année 2003.

Sébastien

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Carretera Austral



Carretera Austral, in the bush



La Cordillera de los Andes, Chile